Le nucléaire et l’indépendance de la France

LE NUCLEAIRE ET L INDEPENDANCE DE LA FRANCE

Depuis que le général de Gaulle a lancé le développement du nucléaire français avec la création du commissariat à l’énergie atomique (CEA) le nucléaire français est synonyme d’indépendance de la France, sur les plans militaire et civil.

1- le nucléaire militaire

La grande idée du général quand il est revenu à la tête de l’état en 1958 était de doter la France de l’arme atomique et de disposer ainsi d’une dissuasion autonome. Il avait compris que pour être indépendante et respectée, la France devait faire partie des pays ayant un siège au conseil sécurité de l’ONU et dotés de l’arme atomique, c’est à dire des cinq grands pays du monde.

Il s’impliqua lui même dans le suivi de ce projet et porta l’effort militaire à 5 % du PIB, sans rencontrer aucune opposition.

Assez rapidement la France allait entrer dans le club très restreint des pays dotés de l’arme atomique, symbole de pouvoir et d’indépendance.

C’est le CEA qui allait se charger du développement, de la mise au point puis de la maintenance de l’arme nucléaire, au travers de sa prestigieuse division la DAM(division des applications militaires)

Le CEA-DAM répond aux enjeux stratégiques de la dissuasion nucléaire : fabrication des têtes des armes nucléaires, qui équipent les forces nucléaires aéroportée et océanique, fabrication des réacteurs nucléaires de propulsion navale et lutte contre la prolifération nucléaire

L’acceptation politique du nucléaire militaire est unanime, puisque depuis le président François Mitterrand, la gauche initialement réservée est devenue très favorable à cette option.

Il faut quand même noter la position récente du pape François désormais opposé à la dissuasion nucléaire, mais surtout favorable à la relance des négociations de désarmement, ce qu’ont arrêté de faire les américains.

2- le nucléaire civil

Avec 58 réacteurs répartis sur 19 sites nucléaires, la France dispose du parc nucléaire le plus important du monde en proportion de sa population. Chaque année, environ 405 TWh d’énergie nucléaire sont produits.

Le nucléaire se développe en France à partir de 1963. Après avoir testé la technologie graphite-gaz (1ère génération) en construisant neuf réacteurs de ce type la France décide en 1968, pour des raisons techniques et économiques, de se tourner vers la filière à eau sous pression REP (2ème génération), conçue et développée par les états-unis.

La France a développé un programme ambitieux de construction de centrales nucléaires qui lui a permis de devenir indépendante des fournisseurs d’énergie fossile, et en particulier de pétrole, très utilisé dans les années 1970 pour produire de l’électricité. Les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont fait exploser la facture énergétique.

A l’heure actuelle, la production électrique est assurée à 75 % par le nucléaire, et la majorité du reste par l’hydraulique, qui est au maximum de ses capacités.

La part du coût du combustible dans la production nucléaire est faible, on peut pour faire simple dire que l’essentiel du coût de l’électricité nucléaire est représentée par la main d’oeuvre EDF, un poste très stable et complètement national.

Il se trouve en plus que le nucléaire ne produit aucun gaz à effet de serre, rendant la production française d’électricité parmi les plus performantes du monde dans ce domaine.

Il convient d’ajouter que pour un pays comme la France ne disposant pas de ressources propres dans le domaine des énergies fossiles, tout autre mode de production (gaz, charbon ou pétrole, les seules solutions actuelles) augmenterait fortement le coût et rendrait le pays dépendant de la Russie ou des pays du golfe, hautement instables.

En effet, EDF développe au maximum les énergies renouvelables, qui ne représentent au maximum que 4 à 5 % du total. J’ai coutume de dire qu’en France on a besoin de courant entre 7h et 9h le matin, puis entre 19h et 21h le soir, à des périodes où le solaire ne produit pas.

L’acceptation de la production nucléaire d’électricité est grande car les français acceptent facilement d’habiter à côté des centrales. Cette confiance est grandement basée sur le fait que les agents EDF, qui connaissent bien la centrale, vivent avec leur famille juste à côté. Le seul problème restant porte sur les déchets dont personne ne veut, alors que le stockage en couches profonde semble adapté. La solution actuelle, qui consiste à stocker les déchets ultimes dans des piscines en surface sur le site de la Hague ne semble émouvoir personne.

3- Les différents acteurs

Le CEA s’occupe de la recherche, avec une mission opérationnelle concernant l’arme nucléaire puisqu’il la conçoit, la fabrique et la maintient.

AREVA qui s’appelle maintenant ORANO construit les centrales

EDF les exploite.

Côté militaire, les exploitants sont

– la marine nationale pour la composante sous marine, qui regroupe deux domaine, les missiles et les réacteurs qui propulsent les SNLE et leur fournissent l’énergie, comme c’est le cas pour le porte avion Charles de Gaulle

– l’armée de l’air pour la composante aéronautique.

J’ai personnellement travaillé avec les marins à la sécurité civile, et leur métier est très proche du mien

4- Situation actuelle et perspectives

La France a produit un nouveau type de réacteur, l’EPR, conçu au niveau européen. Sur le plan technique il est du même type que les réacteurs actuels, (REP réacteur à eau sous pression) mais des améliorations importantes ont été apportées sur le plan de la sûreté. Il est par exemple équipé d’une coque avion pour le protéger d’un attaque aérienne.

Il a été acheté et mis en service avec succès en Chine, où la coopération avec EDF dans le domaine nucléaire est ancienne et se passe très bien. Un contrat portant sur la construction d’une usine de recyclage du combustible nucléaire usagé en Chine est en négociations depuis une dizaine d’années. Il est évalué à plus de 20 milliards d’euros au total, dont plus de la moitié pour Orano, la Chine s’est engagée à le signer avant janvier prochain lors de la visite du président français.

L’EPR connaît malheureusement des difficultés en France où les coûts augmentent et la mise en service est constamment repoussée. Il me semble que la difficulté majeure de ce projet est l’absence de volonté d’EDF et de la France de produire de l’électricité avec ce réacteur. Il avait initialement été commandé non sur un besoin de production, mais sur la nécessité de faire travailler AREVA qui sans cette commande aurait fermé le site de Chalon sur Saone. Depuis, il a plus été considéré par EDF, AREVA et l’autorité de sûreté comme un moyen de faire progresser la sûreté, c’est à dire comme un réacteur de développement plus que de production.

Mais il faut aussi souligner que la France est un des très rares pays qui a obtenu la maîtrise de la chaîne complète du nucléaire, qui va de l’extraction, l’enrichissement (très complexe comme le montrent les recherches difficiles de l’Iran) la production civile et militaire et ensuite le traitement et l’enfouissement des déchets, ce qui lui donne une position forte au niveau international.

Deux projets portent l’avenir de la filière

ASTRID (Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration) est un projet français de démonstrateur industriel de réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium. Contrairement aux réacteurs de 2e et de 3e générations, ce réacteur, dit de « 4e génération », consommerait de l’uranium 238 (constituant 99,3% de l’uranium naturel) plutôt que de l’uranium 235 (0,7% de l’uranium naturel), ce qui nécessiterait in fine moins d’uranium naturel extrait du sous-sol pour produire de l’électricité. Ce démonstrateur industriel pourrait également brûler du plutonium et transformer des actinides mineurs, déchets nucléaires à vie longue, en des déchets nucléaires à vie plus courte. L’intérêt de ce réacteur est donc aussi de brûler des déchets à durée de vie longue.

ITER (en latin le « chemin ») est l’un des projets les plus ambitieux au monde dans le domaine de l’énergie. En France, dans le département des Bouches-du-Rhône, 35 pays sont engagés dans la construction du plus grand tokamak jamais conçu, une machine qui doit démontrer que la fusion — l’énergie du Soleil et des étoiles — peut être utilisée comme source d’énergie à grande échelle, non émettrice de CO2, pour produire de l’électricité. La fusion présente de très nombreux avantages, mais est également très complexe à mettre en œuvre. Il faut en effet que la matière atteignent des niveaux énergétiques très élevés, de 150 millions de degrés, mais il faut la confiner dans des champs magnétiques très puissants, produit par un générateur porté au zéro absolu, c’est à dire moins 273 degrés centigrades. On voit bien ici qu’on est encore dans le domaine de la recherche.

5- La situation internationale

Avec une production de 2 606 TWh en 2016 (soit 10,4 % de la production mondiale d’électricité), le nucléaire est la 3e source de production d’électricité dans le monde.

En 2017, le monde compte 454 réacteurs nucléaires en fonctionnement, répartis dans 31 pays.

En 2016, les États-Unis (804,9 TWh), la France (379,1 TWh) et la Chine (247,5 TWh) sont les trois principaux pays producteurs d’électricité d’origine nucléaire.

Les américains ont un parc nucléaire important, comme le Japon. L’Afrique du Sud a trois réacteurs français. L’URSS exploite aussi un parc important de centrales

Le réchauffement climatique pousse de nombreux pays à s’intéresser au nucléaire dans la mesure où il ne produit pas de gaz à effet de serre. Mais le problème majeur reste l’acceptation par le public. De plus, l’accident de Tchernobyl, qui était plutôt le symbole de la décomposition de l’union soviétique de l’époque, montre qu’il faut pour exploiter un réacteur dans de bonnes condition, être un pays développé, formé, et assez rigoureux dans le respect des procédures internationales.

6- Conclusion

Le nucléaire est une filière actuellement bien maîtrisée, en particulier par la France. Elle permet de produire de l’électricité à des coûts intéressants, celui de la France étant un des plus bas d’Europe. Elle ne produit pas de gaz à effet de serre. Elle est donc incontournable pour un pays comme la France qui ne dispose pas de ressources énergétiques.

Mais le débat sur le sujet est souvent biaisé car sur le plan mondial une grande partie de l’opinion publique reste opposée au nucléaire, non pour des raisons techniques, mais plutôt dogmatique. On est opposé au nucléaire parce qu’il est mauvais, et il faut en sortir.

Mais il reste une question importante à laquelle ces écologistes ne répondent pas, par quoi le remplacer. Les énergies renouvelables peuvent apporter un complément mais pas suffisamment pour chauffer les villes ou faire tourner l’industrie.

L’exemple allemand, peu connu, est très illustratif. Les allemands ont fermé leurs centrales nucléaires, développé le renouvelable, mais ont été contraint de développer une production importante par le charbon, très pénalisant en matière d’effet de serre, et qui pose de nombreux problèmes de santé publique.

De même il est surprenant de constater qu’à l’époque de la majorité constituée des socialistes de Jospin et des écologistes, on a arrêté l’exploitation du réacteur Superphénix, d’exploitation il est vrai difficile, mais dont le but principal était de brûler des déchets, c’était un réacteur à neutrons rapides.

La raison l’emportera t elle, il me semble que le poids de la raison dans les choix scientifiques est un sujet d’oral. Quoiqu’on fasse, l’école de guerre n’est jamais très loin.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s