Grandes problématiques, relations humaines, commandement et management

1- les grandes problématiques

Quelles sont les grandes problématiques, et de quoi s’agit il? Je commence par une analyse historique de celles qui se sont posées au cours du temps

– la construction de l’état

Avec la monarchie, la république et l’empire, la France fut depuis Clovis confrontée à la construction de l’état. Dans un premier temps, et pendant mille ans environ, la réponse fut donnée par le roi qui construisit petit à petit le royaume de France en tentant d’asservir les grands, les princes de sang qui brillaient par leur indépendance. Il dut souvent pour cela s’appuyer sur de grands ministres comme Richelieu ou Mazarin qui prenaient une part très active dans le gouvernement. Puis vint Louis XIV qui porta très haut la monarchie absolue. Le roi gouverne par lui-même, et il gouverne aussi les arts et construit Versailles.

Ensuite la république a longtemps hésité sur le gouvernement de la France, tellement qu’elle fut d’abord remplacée par l’empire qui sut très bien faire. Puis vinrent les républiques parlementaires où le gouvernement était nommé par les assemblées, et ce fut le temps de l’instabilité. Avec la constitution de 1958, Charles de Gaulle sut faire la synthèse entre la monarchie et la république. Le président règne avec les pleins pouvoirs digne des rois les plus absolus, mais il tient son pouvoir et sa légitimité du suffrage universel.

– la place de la religion dans la société est aussi assurément une problématique majeure. Si on regarde le cas français, les rois se sont d’abord appuyés sur la religion pour gouverner. Clovis s’est fait baptiser, pour Henri IV Paris vaut bien une messe. Louis XIV fut le roi très chrétien, le catholicisme était la religion officielle, et la France était la fille aînée de l’église. Mais les autres religions étaient interdites et Louis le grand révoqua l’édit de Nantes.

Le siècle des lumières nous apprit la tolérance et la liberté de penser, mais il fallut attendre la république pour finalement appliquer ce que le Christ avait dit dans l’évangile rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. On a séparé l’église et l’état (non sans mal) Et la république a instauré la laicité et la liberté des religions.

Mais ce n’est pas encore le cas dans des pays comme l’Iran, république islamique fort peu tolérante, ou même les états unis où le président prête serment sur la bible.

– la place des experts Avec la pandémie, l’avis des médecins et des experts est revenu au premier plan, et on a pu observer leur rôle face à celui du pouvoir politique. François Mitterrand disait les experts ne nous disent jamais la vérité, pour autant qu’ils la connaissent eux mêmes. Un grand politique.

Dans la crise du COVID nous avons d’abord assisté à un gouvernement par les experts où ce dernier suivait scrupuleusement l’avis du conseil scientifique, alors que les premières décisions étaient orientées sur la santé publique. Puis le temps est venu de trancher entre les problèmes sanitaires et les problèmes économiques. Et la semaine dernière, le président a tranché en faveur de l’économie en refusant un confinement pourtant unanimement souhaité par les médecins.

En effet, l’expert conseille le prince, mais c’est ce dernier qui tranche, et surtout doit assumer sa décision face à l’opinion. Mais les avis d’experts, publiés sur internet ont une force de plus en plus importante.

2- les relations humaines

Le poste de CDU vous a permis comme à moi dans le nucléaire comme directeur une pratique régulière des relations humaines qui sont un appui très utile pour le management.

Mais finalement que nous apprend cette pratique?

D’abord l’importance des hommes et des femmes dans l’entreprise. Ce sont eux qui obtiennent des résultats, ce sont eux qui sauvent les parisiens ou font tourner les réacteurs. La hiérarchie est là pour les guider et les aider. Mais ce sont eux qui sont la force de nos collectifs.

L’équité. C’est la demande essentielle qui nous remonte. Le manager doit veiller en permanence à ce que tous soient traités de la même façon, ce qui n’est pas toujours facile car l’égalité est une belle idée, mais très peu répandue dans la vie courante. Alors ne doit on pas favoriser un peu ceux qui s’impliquent davantage?

La récompense. Un pompier ou un agent EDF qui a bien travaillé attend d’abord d’être reconnu et si possible récompensé, pas forcément de façon pécuniaire. J’ai d’ailleurs noté à la brigade une excellente pratique avec les lettres de félicitation du chef de corps ou du général.

Le bonheur. Un collectif sera plus productif s’il est heureux au travail, et si l’ambiance de l’équipe est bonne. C’est aussi notre responsabilité de permettre aux hommes et aux femmes de s’épanouir dans le travail. Est ce le rôle des relations humaines, c’est selon la conception qu’on en a.

3- Commandement et management

Quand on évoque ces deux mots, c’est la plupart du temps pour examiner ce qu’ils ont en commun ou ce qui les oppose.

On réserve en général le terme de commandement au domaine militaire, c’est à dire qu’il est relié à une mission de défense, voire de guerre. Le commandement est le métier de conduire les hommes au combat, ce qui implique une façon particulière de les diriger. Dans ce domaine, la conduite des hommes implique une forte détermination, et un sens tactique, voire stratégique. Comme le dit le général de Gaulle (le fil de l’épée) le commandant a surtout du caractère. Il implique aussi une dimension éthique.

Le terme de management est en général réservé au monde de l’entreprise, et il signifie d’abord obtenir des résultats. Pour cela il faut expliquer, guider et faire adhérer les hommes et les femmes qu’on manage. Il signifie efficacité, et contrôle. Le manager est d’abord redevable des résultats. Mais on peut constater aussi dans le monde de l’entreprise une évolution vers l’éthique. J’ai écouté hier un interview de Patrice Caine, le président directeur général de Thalès, à qui on demandait à la fin ce que signifie diriger un tel groupe, réponse, mobiliser la science et la technique pour rendre le monde meilleur. On voit que Pour la Patrie les Sciences et la Gloire va rejoindre Sauver ou Périr.

Les principales théories économiques

LES PRINCIPAUX COURANTS DE LA PENSEE ECONOMIQUE

La pandémie n’a pas épargné l’économie. Depuis les années 1970, les économistes conseillaient aux gouvernements de réduire autant que possible le déficit budgétaire et par conséquent la dette publique. Le traité de Maastricht est même allé jusqu’à donner des cibles obligatoires (pour ceux qui le voulaient bien) d’un déficit inférieur à 3% du PIB et une dette publique inférieure à 60% de celui ci . 

Mais la crise économique très importante provoquée par le COVID a grandement ébranlé ces certitudes. L’état est intervenu très largement pour aider les entreprises et les particuliers, creusant grandement le déficit (qui est de 7,6% du PIB en 2020 et prévu pour 6,4% en 2021) et la dette publique qui est maintenant de 120% du PIB . Même la théorie a évolué puisque dans ce cas, la dette est plutôt considérée comme une bonne chose, et on parle même de l’annuler. Je vous ai joint en Annexe un article du Monde qui évoque cette discussion.

Deux autres notions sont apparues en économie, le climat et la résilience.

1 les enjeux écologiques

Depuis plusieurs années déjà, les économistes ont pris conscience des enjeux écologiques. Le problème du climat a joué un rôle moteur dans cette évolution. Pendant longtemps, la grande question a été de savoir comment obtenir une croissance soutenue et régulière et comment en faire profiter le plus grand nombre. Puis, progressivement, avec l’impact qu’elle pouvait avoir sur l’environnement, on a commencé à se poser des questions sur la croissance elle-même: certains la remettent carrément en cause, d’autres cherchent à savoir comment on pourrait croître autrement, notamment en émettant moins de gaz à effet de serre.

Une déjà longue histoire

Tout a commencé avec les travaux du GIEC et les premières conférences de l’ONU sur le climat, les fameuses COP. C’est ainsi que sont nés les taxes carbone et les marchés de droits d’émission. La plupart des écologistes n’y ont rien compris et n’ont vu dans ces innovations qu’un «droit à polluer» (beaucoup n’ont d’ailleurs toujours rien compris), alors qu’il s’agissait de donner aux États des instruments leur permettant de maîtriser l’évolution des émissions de gaz à effet de serre en donnant un prix au carbone.

Au début, les économistes qui avaient porté leur intérêt sur ce problème travaillaient essentiellement pour les États et les organisations internationales. Mais, assez rapidement, les entreprises et les organisations professionnelles ont compris que cette histoire de gaz à effet de serre n’était pas à négliger et qu’elles allaient devoir en tenir compte dans leur processus de prise de décision. Il allait y avoir besoin de spécialistes. C’est ainsi qu’en France, en 2010, l’économiste Christian de Perthuis a pris l’initiative de fonder la Chaire Économie du climat avec le soutien de l’Université Paris-Dauphine

2- la résilience

Dans une conclusion provisoire à la série de webinaires qu’il a organisés à Princeton depuis le mois de mars, l’économiste allemand Markus Brunnermeier s’attache à ouvrir des pistes. Pour une économie, dit-il, la capacité à se redresser après une commotion est affaire de diversité, de flexibilité et de croissance. C’est assez intuitif. La diversité, notamment sectorielle, s’impose, parce que c’est la pluralité des connaissances et des savoir-faire qui permet de répondre à des chocs inattendus – et, a contrario, la monoculture engendrée par la spécialisation à outrance est source de vulnérabilité. La flexibilité est nécessaire, parce qu’une crise oblige à réallouer dans l’urgence travail et capital – et c’est toujours la grande faiblesse de l’Europe en comparaison des États-Unis. Enfin, croissance et résilience sont complémentaires, parce qu’une économie sans ressort risque à tout moment – on l’a vu dans les années 2010 – de basculer dans un cercle vicieux de récession. La réactivité de la politique économique est essentielle.

Markus Brunnermeier suggère une quatrième idée, un peu confuse mais essentielle : la résilience est aussi affaire de contrat social. Chaque ménage peut accumuler de l’épargne, chaque entreprise s’assurer d’un accès à la liquidité. Mais la résilience collective repose sur une forme d’assurance mutuelle qui ne peut être qu’implicite, parce qu’aucun contrat ne peut tout envisager. Le dispositif de chômage partiel et le soutien aux entreprises déployés en France n’étaient inscrits nulle part et ne pouvaient pas l’être. Ils ont été des facteurs essentiels du rebond économique du troisième trimestre. Quant au plan de relance européen, il n’était même pas jugé possible. C’est, nonobstant nos graves défaillances économiques, une source de confiance dans le Vieux Continent.

Mais il ne faut pas oublier que l’économie est d’abord là pour permettre d’accroitre l’activité industrielle, at ainsi les revenus disponibles pour les ménages et les investisseurs. L’économie essaie d’abord d’expliquer le fonctionnement de la production, de l’échange et de la distribution des richesses. Elle dépend fortement de l’époque et du contexte. Au 18ème siècle, on était d’abord frappé par les progrès de l’industrialisation, et le marché apparaît comme la solution. L’analyse de Marx a le mérite de bien décrire les difficultés de la classe ouvrière. La crise de 1929 a montré les limites de cette approche, et conduit ensuite les gouvernements à intervenir dans l’économie.

L’histoire de la pensée économique comprend trois principaux courants qui seront présentés dans la suite, le courant libéral, le courant marxiste et le courant keynésien.

1 Le courant libéral

A le courant classique

L’économie apparaît à la fin du 18ème siècle avec Adam Smith, en même temps que la société industrielle. Elle naît en Angleterre avec Smith, Malthus, Ricardo, puis en France avec Jean Baptiste Say. Elle repose sur les principes suivants:

– l’individu est rationnel, il est le seul capable de juger ce qui est bon pour lui. Son comportement consiste à maximiser de ses satisfactions, et la minimisation des ses efforts. L’intervention de l’état est inutile.

– la propriété privée des moyens de production est une garantie de liberté. La satisfaction de l’intérêt individuel permet de réaliser l’intérêt général par le marché, comparé à une main invisible. Ce n’est pas l’état qui le représente.

– un système économique conduit par la liberté tend naturellement vers l’équilibre, ajusté par le niveau de prix.

L’analyse de la production repose sur les quatre piliers suivants

– la production est la combinaison de facteurs de production, la terre, le travail et le capital. La division du travail en taches élémentaires est avantageuse, elle améliore la dextérité des ouvriers et suscite l’apparition de machines.

– la théorie de la valeur s’interroge sur la richesse qu’il faut produire, la valeur d’échange étant admise par tous. Celle ci doit refléter le travail nécessaire à une marchandise échangée. En France, la valeur doit refléter aussi la rareté et l’utilité d’un bien.

– c’est l’offre qui crée la demande.

-la monnaie ne sert qu’à faciliter les transactions économiques.

La répartition des revenus se fait entre trois classes les propriétaires terriens, les capitalistes et les travailleurs.

2 le courant néo classique

Apparue dans la deuxième moitié du 19ème siècle, la pensée néo classique repose sur les travaux de Walras, Pareto et Marshall.

Tout comportement relève d’un calcul, d’un choix explicite. Le consommateur maximise l’utilité des biens consommés sous la contrainte du revenu disponible. Les producteurs cherchent à maximiser leur profits. Le marché est le lieu de rencontre entre l’offre et la demande. L’équilibre général résulte de 4 marchés, celui des biens et services, celui du travail et celui de la monnaie. Cette théorie considère que les équilibres ne sont pas la réalité mais ce qu’elle doit être dans le modèle.

Depuis les années 1970, différentes écoles sont apparues,

-l’école de Chicago avec Milton Fiedman qui prône la réduction du rôle de l’état

-l’économie de l’offre qui propose de stimuler l’activité non par la demande (la consommation) mais par l’offre (la production). Elle est représentée par la théorie de Laffer qui dit que trop d’impôt tue l’impôt et que le taux d’imposition doit être adapté (oui mais à quoi?)

-l’école de l’économie publique s’attache à montrer tout l’intérêt de l’intervention de l’état et cherche à optimiser ses choix.

3 Le courant marxiste

Au 19ème siècle, le capitalisme se développe mais la misère des ouvriers est grande, et les excès de ce capitalisme font naître le socialise et le marxisme. Marx étudie la société industrielle anglaise pour en tirer des lois.

Son analyse s’oppose à la théorie libérale en montrant que le capitalisme aboutit à une lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie. La crise du capitalisme est inéluctable pour plusieurs raisons

– les décisions des agents économiques ne sont pas coordonnées

– la pression des employeurs à la baisse des salaires est trop forte et la paupérisation des ouvriers est inéluctable. Ceci doit entrainer la destruction du capitalisme et l’avènement du socialisme.

4 Le courant Keynésien

La théorie générale de Keynes date de 1936 et propose des solutions au problème du chômage (déjà) qui a secoué le monde en 1929.

La théorie libérale est incapable d’aborder le problème du chômage, du à une défaillance des marchés. La solution serait une intervention de l’état. Elle veut aborder l’économie de façon globale (macroéconomie) et non au travers des agents individuels (microéconomie). Le volume de la production ne dépend pas des capacités de production ou du niveau des revenus, mais de décisions comme celles concernant l’investissement, un paramètre important vis à vis du chômage. L’emploi et la monnaie sont étroitement liés. La quantité de monnaie est décidée par les autorités, au travers du taux d’intérêt. Keynes pense que le chômage résulte d’une insuffisance de la demande. L’état peut agir sur la consommation en réduisant la fiscalité, et sur l’investissement en réduisant les taux d’intérêt. L’état va augmenter les investissements publics.

Et maintenant. Curieusement, malgré un certain foisonnement des réflexions dans ce domaine, je n’ai pas trouvé de nouvelle théorie récente, et on ne m’en a enseigné aucune, pas plus à Polytechnique qu’à Sciences Po.

J’ai par contre le sentiment qu’ on a pris un certain recul eu égard aux difficultés de l’économie de faire des recommandations claires, et surtout d’anticiper les grandes crises qu’on connaît régulièrement. Les modèles mathématiques ne savent pas prédire les ruptures, et voient plutôt l’avenir comme un prolongement linéaire du passé.

Certains débats sont bien connus. Dans un contexte qualifié de crise comme celui que vit la France depuis les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979, avec un chômage de masse important, vaut il mieux creuser le déficit budgétaire comme l’ont fait Mitterrand en 1981 et ensuite Chirac pour relancer l’industrie, ou au contraire réduire les dépenses publiques pour limiter les déficits et contenir la dette publique ? Faut il faire une politique de l’offre, comme le fait le gouvernement actuel ou une politique de la demande en creusant le déficit budgétaire pour distribuer du pouvoir d’achat ?

Les gouvernements successifs, et les économistes ont répondu successivement par l’affirmative puis par la négative. On sait que la position du FMI a longtemps été de prêcher les économies et la rigueur, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que cette politique était dangereuse et qu’il recommande un peu plus de relance.

Thomas Piketty, dans son ouvrage le capitalisme au 21ème siècle fait une étude très intéressante et très documentée de l’économie mondiale depuis que des statistiques existent, et montre que l’état normal de l’économie est celui d’une croissance faible comprise entre 1,5 et 2 % comme celle qu’on connaît actuellement.

D’autre part, l’hypothèse fondamentale sur laquelle sont basés les modèles classiques est que l’individu a une conduite rationnelle et cherche à maximiser sa satisfaction sous la contrainte du budget disponible. Or celle-ci est remise en cause aujourd’hui. En effet, on constate facilement que les choix de dépenses des individus sont loin d’être rationnels.

Finalement, l’économie contemporaine sert surtout à tenter d’expliquer la situation et son évolution, mais elle pose autant de questions qu’elle apporte de réponses. C’est pourquoi on se demande souvent s’il s’agit d’une science.

Mais c’est aussi la grandeur de ce qu’on appelle les sciences de l’homme. Votre expérience de CDU, et la mienne de manager en centrale nucléaire vous a sans doute montré que rien n’est plus intéressant ni plus mystérieux que le comportement humain.

ANNEXE L’avenir de la dette Covid, un débat politique autant qu’économique

La dette publique devrait atteindre 121,4 % du PIB en 2021… Pourtant, à droite comme à gauche, des voix s’élèvent pour réclamer plus de dépenses, plus d’investissements, afin de doper une économie mise sous cloche depuis dix mois.

Analyse. C’était il y a un peu plus d’un an, cela paraît un siècle. En décembre 2019, l’Insee révélait que la dette française avait franchi les 100 % du produit intérieur brut (PIB) au troisième trimestre de l’année. De quoi déclencher une flopée de commentaires véhéments, les uns pour rassurer – « ce n’est que provisoire, le seuil fatidique ne sera pas dépassé sur l’ensemble de l’année » –, les autres pour alerter sur le risque d’écorner un peu plus les promesses de redressement des comptes publics faites par Emmanuel Macron en début de mandat.

Un an et une pandémie mondiale plus tard, ces inquiétudes pourraient presque faire sourire si le sujet n’était aussi sérieux. La crise due au Covid-19 a fait plonger l’économie française dans la récession, l’Etat a fait ruisseler les milliards pour soutenir les entreprises et les salariés, et la trajectoire budgétaire du pays en a été bouleversée. Autrefois tabou infranchissable, le seuil des 100 % de dette publique n’est plus qu’un lointain souvenir : elle devrait atteindre 121,4 % en 2021…

Dans ce « monde d’après », l’exécutif se cherche encore une ligne de conduite. En fin d’année, la perspective de l’arrivée d’un vaccin a amené le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, à poser les premiers jalons d’une sortie du « quoi qu’il en coûte », ce principe décrété en mars 2020 par le chef de l’Etat, comme un rempart à la crise économique et sociale.

En décembre, une commission sur l’avenir des finances publiques, composée de personnalités politiques, de chercheurs et présidée par l’ancien ministre de l’économie Jean Arthuis, a été mandatée pour réfléchir à la manière de gérer la « dette Covid », les quelque 150 milliards d’euros de facture de la crise sanitaire.

Pour l’ex-LR Bruno Le Maire, il en allait du sérieux budgétaire du pays, qui ne peut se permettre de vivre durablement à crédit, mais aussi de la crédibilité de la France vis-à-vis de ses partenaires européens et de celle du gouvernement à dix-huit mois de l’élection présidentielle.

« Aussi longtemps que durera la crise, nous serons là »

Las, le démarrage poussif de la campagne de vaccination s’ajoutant à l’irruption de variants qui relancent l’épidémie et à des reconfinements dans plusieurs pays d’Europe empêchent de tourner la page. La croissance va rester atone au moins jusqu’à l’été, et les mesures de soutien aux secteurs sinistrés (restaurants, bars, événementiel, etc.) ne sont pas près d’être levées. Conséquence : la dette de la France pourrait bien continuer de gonfler jusqu’en 2022. « Aussi longtemps que durera la crise, nous serons là », a encore assuré le locataire de Bercy mercredi 27 janvier devant les sénateurs.

Et alors ? s’interrogent de plus en plus d’experts. Les taux d’intérêts sont historiquement bas, en raison d’un surplus d’épargne privée très important dans le monde. En France, les classes moyennes et moyennes supérieures ont largement gonflé leurs bas de laine depuis le premier confinement.

S’endetter ne coûte plus rien, cela peut même permettre à l’Etat de s’enrichir, avancent, un rien provocateurs, les économistes de l’OFCE, un cercle de réflexion d’inspiration keynésienne. Ils suggèrent rien de moins que doubler le plan de relance, en mettant 100 milliards d’euros de plus sur la table. Ils ne sont pas les seuls : à droite comme à gauche, des voix s’élèvent pour réclamer plus de dépenses, plus d’investissements, afin de doper une économie mise sous cloche depuis dix mois.

« Je pense (…) que le niveau d’endettement devrait rester soutenable pendant longtemps. Il faut surtout retenir qu’il n’y a pas de niveau de dette magique », a indiqué aux Echos, mercredi 27 janvier, Olivier Blanchard, l’ancien chef économiste du FMI qui doit remettre prochainement à l’Elysée un rapport sur la manière de relever les « grands défis économiques » des prochaines années (climat, inégalités, vieillissement…).

« La condition de cet endettement supplémentaire est son acceptabilité politique, sociale, européenne, et non sa faisabilité économique », assure, de son coté, Xavier Ragot, le président de l’OFCE. Autrement dit, l’exécutif a beau s’entourer de spécialistes pour tenter de déterminer une stratégie de redressement des comptes publics, la gestion de la dette relève avant tout de choix de gouvernement. L’épineuse question d’un « bon » niveau de dette – sa « soutenabilité » dans le jargon budgétaire – ne repose pas sur un chiffre absolu, mais sur une stratégie politique.

Même la très rigoriste Allemagne est agitée par ces soubresauts à huit mois des élections législatives. Les propos du bras droit d’Angela Merkel, mardi, appelant à s’affranchir durablement des règles de discipline budgétaire ont déclenché une controverse.

La France ne pourra donc pas s’exonérer d’un débat sur le sujet dans la campagne présidentielle à venir. Une partie de l’opposition, à droite comme à gauche, pousse déjà en ce sens, y voyant un angle d’attaque à la fois symbolique et parlant pour les Français.

« On a besoin de politiser le sujet de la dette Covid, plaide Aurélien Pradié, le secrétaire général du parti Les Républicains. Le gouvernement passe son temps à expliquer qu’il n’y a pas d’argent magique et tout à coup il y en a. On ne s’en sortira pas sans une grande explication démocratique. » Pour le numéro trois du parti, « on peut imaginer restructurer une partie de la dette par la BCE [Banque centrale européenne], sous forme de dette perpétuelle, isoler une partie ou l’effacer ». Annuler la dette, c’est aussi l’idée sur laquelle surfent Arnaud Montebourg ou Jean-Luc Mélenchon.

Les économistes ne sont guère de cet avis : si la marge de manœuvre budgétaire dont dispose le pays est aujourd’hui confortable, envisager une annulation romprait la confiance avec les créanciers. Pour Olivier Blanchard, c’est « une idée idiote », pour Xavier Ragot c’est « jouer avec le feu ». Encore faudra-t-il être capable de l’expliquer et de le faire accepter aux Français.

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Audition de Florence Parly à l’Assemblée nationale janvier 2021

voilà un résumé de l’audition de Florence Parly à l’assemblée nationale le 12 janvier suivi, comme d’habitude de l’intégrale de son discours (disponible sur le site du ministère)

1- point sur les opérations

D’abord avec l’opération Résilience, l’armée est venue porter secours au pays, mais la crise sanitaire n’a pas affecté les OPEX ni l’opération Sentinelle qui a été renforcée

Au Sahel nous poursuivons, avec la coopération d’autres armées l’affaiblissement des groupes terroristes qui a connu de réels succès en 2020 avec l’élimination de nombreux chefs de ces organisations. Mais au Sahel, la solution n’est pas uniquement militaire et notre action doit conduire à une solution politique.

Je vous annonce par ailleurs, que la prochaine mission du porte-avions Charles de Gaulle sera de renforcer notre dispositif, dans le cadre de l’opération Chammal. Le Groupe aéronaval se déploiera ainsi au premier semestre 2021 en Méditerranée et dans l’Océan IndienCet engagement démontre, s’il en était besoin, notre volonté à lutter en permanence contre le terrorisme.

En république centrafricaine, nous agissons avec 300 militaires pour un retour de l’état. A la demande du président Touadéra, le président a ordonné le 9 janvier un second survol du pays qui a entraîné l’arrêt des combats. Nous voulons apporter notre appui aux efforts de normalisation portés par la communauté internationale, et montrer notre solidarité avec avec la Centrafrique.

Enfin il nous faut rester vigilants en Méditerranée, et y défendre le droit international.

2 – Les priorités 2021

Nous avons fait ces derniers mois un travail d’actualisation du contexte géostratégique que nous publierons prochainement. La LPM conserve toute sa pertinence. 5 priorités pour 2021

1 la relance économique de la France. La LPM est une contribution essentielle, et l’armée est le premier recruteur de l’état avec plus de 26 000 recrutements annuels

2 la poursuite de la lutte contre le terrorisme au Levant et au Sahel. Au Levant, nous observons un résurgence de Daesh en Syrie et en Irak, ce qui représente une menace pour l’Europe. Au Sahel, je salue un partenariat renforcé avec les pays sahéliens et nos alliés européens et internationaux

3 Poursuite de la construction de la défense européenne. Des progrès sont réalisés le fonds européen de défense est doté de 8 milliards d’euros, nous avons réalisé une boussole stratégique, c’est à dire une analyse des menaces agréée par les 27. Nous pouvons aussi parler du CSAF ou du MGCS(char du futur)

4 moderniser nos armées Il faut nous renforcer dans le cyberespace et l’espace (je salue le lancement réussi du satellite CSO-2 le 29/12) il faut veiller aux nombreuses campagnes de désinformation

5 Un nouveau souffle à nos alliances, avec la nouvelles administration américaine, avec laquelle j’attends des échanges constructifs. L’OTAN a aussi entrepris une réflexion intéressante. Il faut veiller aussi à la poursuite de notre partenariat avec le Royaume Uni

Enfin il est essentiel de continuer à communiquer avec les Français. Nous bénéficiions d’un fort soutien, mais lf nous faut le préserver.

Discours de Florence Parly, ministre des Armées

Vous trouverez ci-joint le propos liminaire de Florence Parly, ministre des Armées, lors de son audition devant la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale.

Seul le prononcé fait foi.

Madame la ministre, chère Geneviève,

Madame la présidente,

Mesdames et Messieurs les députés,

C’est un plaisir pour moi de vous retrouver, même si c’est par un canal très virtuel, en cette nouvelle année. Permettez-moi aussi de renouveler, pour ceux à qui j’ai déjà pu les formuler, et de vous adresser, pour les autres, mes vœux les plus sincères de très bonne et heureuse année 2021.

Et je sais que cela a été fait dans l’hémicycle avec beaucoup d’émotion tout à l’heure par le Président de l’Assemblée nationale, mais nous souhaitions commencer avec Geneviève Darrieussecq, par rendre hommage à la mémoire du sergent-chef Yvonne Huynh, du maréchal des logis Tanerii Mauri, du brigadier-chef Loïc Risser, du brigadier Quentin Pauchet, ainsi qu’au brigadier Dorian Issakhanian. Cinq militaires morts pour la France, tombés pour nous protéger, cinq noms qui résonneront à jamais dans nos mémoires.

Cinq noms qui nous rappellent que la mission ne cesse jamais et que chaque jour, des milliers de jeunes Françaises et de jeunes Français veillent sur nous, en tout temps, et en tout lieu, que ce soit sur notre territoire ou en opérations extérieures.

1. [Point sur les opérations]

Alors je commencerai, si vous le voulez bien, par un tour d’horizon de nos opérations que je souhaiterais commencer, en revenant sur les temps forts de l’année 2020.

En l’occurrence, premier temps fort, ce fut la crise sanitaire : avec l’opération Résilience déclenchée par le Président de la République, les armées ont œuvré au plus près des Français, pour du soutien médical, du soutien logistique et de la protection. Nous continuons de nous tenir disponibles et prêts à agir s’il le faut. Nous pourrons en reparler naturellement si vous avez des questions.

J’ai aussi eu l’occasion de le dire plusieurs fois devant votre commission : la crise sanitaire qui a bouleversé notre quotidien en 2020 n’a pas mis à mal les combats de la France. Je pense en particulier à la lutte contre le terrorisme, qui s’est poursuivie sans relâche, à la fois sur le territoire national, avec l’opération Sentinelle, renforcée depuis l’attentat de Nice, qui est passée avec une très forte réactivité de 3 000 à 7 000 militaires, mais aussi à l’étranger, principalement au Levant et au Sahel.

Au Sahel, où 5 100 militaires français sont déployés, nous continuons de désorganiser profondément les groupes armés terroristes, notamment en éliminant des responsables clés de ces organisations, comme nous l’avons fait avec l’émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique en juin 2020.

Depuis un an, conformément au souhait du Président de la République, nous concentrons nos efforts sur l’affaiblissement de l’Etat islamique au Grand Sahara, qui est la filiale sahélienne de Daech. L’opération Bourrasque que nous avons conduite entre le 28 septembre et le 1er novembre a notamment permis de perturber la logistique des groupes terroristes en permettant la saisie de très nombreux matériels – des motos, des ordinateurs, des moyens de communication ou bien encore des composants d’engins explosifs improvisés – sans compter les nombreux terroristes qui ont été mis hors de combat.

C’est une opération intégrée, j’insiste sur ce terme, qui a été menée conjointement par 3 000 soldats, 1 600 soldats français et 1 400 soldats des forces partenaires maliennes et nigériennes, ainsi que des moyens aériens français et alliés : Britanniques, Espagnols, Américains et Danois. C’est d’ailleurs à cette occasion que la Task Force Takuba a été engagée dans sa première opération d’envergure. Bien au-delà des succès tactiques, cette opération a participé comme d’autres opérations au retour de l’administration dans la zone des Trois frontières.

Car vous l’avez rappelé madame la Présidente, et je l’ai toujours dit, au Sahel, la solution n’est pas seulement militaire : on ne combat pas le terrorisme uniquement avec des armes. Le seul rôle de l’action militaire, c’est d’ouvrir la voie et de créer un espace pour l’action politique, le retour de l’Etat et le développement, et c’est cela que nous avions acté lors du sommet de Pau, le 13 janvier 2020.

Nous aurons l’occasion avec le sommet de N’Djamena qui est prévu mi-février de dresser le bilan des efforts qui ont été initiés au sommet de Pau, de consolider les partenariats stratégiques avec les acteurs régionaux, avec les acteurs européens et internationaux et puis de maintenir cette dynamique de coopération, notamment au sein de la Coalition pour le Sahel, à l’aube de cette nouvelle année.

Je voudrais dire un mot du Levant et je serai volontairement brève sur ces sujets, je sais que vous avez beaucoup de questions. Au Levant, près de 900 militaires au sein de l’opération Chammal continuent de lutter contre Daech au sein de la coalition internationale.

Je vous annonce par ailleurs, que la prochaine mission du porte-avions Charles de Gaulle sera de renforcer notre dispositif, dans le cadre de l’opération Chammal. Le Groupe aéronaval se déploiera ainsi au premier semestre 2021 en Méditerranée et dans l’Océan Indien. Cet engagement démontre, s’il en était besoin, notre volonté à lutter en permanence contre le terrorisme.

Je voudrais aussi dire quelques mots de la République Centrafricaine, où nous agissons dans le cadre de l’action de la communauté internationale pour garantir le retour progressif de l’Etat dans l’ensemble du pays. Aujourd’hui, nous avons près de 300 militaires français qui y sont déployés. Certains participent à la formation des forces armées centrafricaines, les FACA, dans le cadre de la mission européenne EUTM RCA, d’autres apportent leur appui à la mission des Nations Unies, la MINUSCA.

Vous avez certainement observé que samedi 9 janvier, à la demande du Président Touadera, et en appui de la MINUSCA, le Président de la République a ordonné une seconde mission de survol du territoire centrafricain par des avions de chasse français, après la première mission qui avait eu lieu le 23 décembre.

Cette mission visait à affirmer notre détermination à appuyer les efforts de normalisation qui sont portés par la communauté internationale. Elle a eu des effets immédiats sur le terrain, en particulier dans la région de Bouar où les combats se sont arrêtés. Ces opérations marquent la solidarité de la France avec le peuple centrafricain et marque aussi la condamnation des tentatives de déstabilisation d’un processus de normalisation que nous savons déjà très fragile.

Enfin, je ne peux pas achever ce tour d’horizon sans réaffirmer toute la vigilance des armées françaises en mer Méditerranée. Nous avons constaté en 2020, qu’elle était devenue le théâtre de nombreuses tensions, rivalités, de convoitises, devrais-je même dire. Par ses actions nationales comme à travers l’opération IRINI, conduite par l’Union européenne, la France défend le respect du droit international, la France défend le principe de libre navigation face à des acteurs qui n’hésitent pas à les remettre en cause. Avec nos partenaires, nous redoublerons d’attention dans cette zone en 2021.

2. [Les priorités de 2021]

J’en viens maintenant aux défis à venir, aux menaces qui nous guettent et à la manière dont nous nous y sommes préparés. Nous travaillons ensemble depuis presque trois ans et demi, et le monde devient de plus en plus dangereux. La France doit donc plus que jamais s’efforcer de promouvoir une convergence de vues et d’action européenne : c’est la seule manière de faire durablement face à des menaces qui se présentent à nous. A nous, Français et à nous, Européens.

Nous avons fait ces derniers mois un travail important d’actualisation de notre analyse du contexte géostratégique. Et je vous annonce que nous publierons prochainement ces travaux, qui prendront la forme d’une nouvelle version de la Revue stratégique que nous avions conduite en 2017, revue à l’aune des événements et des évolutions qui ont marqué ces trois dernières années. Je ne verrais à cet égard que des avantages, Madame la Présidente, à ce que vous organisiez une audition spécifique afin que nous puissions en débattre.

Au regard des conclusions de cette revue stratégique actualisée, je constate que la LPM, ses ambitions et ses priorités, conservent toute leur pertinence.

Pour cette année 2021, nous avons selon moi 5 priorités qui doivent guider notre action :

1. Tout d’abord, la relance économique de notre pays ;

Le ministère des Armées, vous le savez, compte bien prendre toute sa part dans l’effort de relance économique de la France, qui est nécessaire pour se relever de la crise sanitaire dans laquelle nous sommes encore.

· Dans ce contexte, la loi de programmation militaire est une contribution essentielle à la relance économique de notre pays. Vous le savez, sur la première partie de cette loi 2019-2023, sur 5 ans, ce sont 110 milliards d’euros qui sont injectés dans l’économie pour les équipements, les infrastructures, ainsi que le maintien en condition opérationnelle : c’est donc, et je le dis avec force un plan de relance à soi tout seul, pour les seules questions de défense ;

· Je rappelle également que nous serons le 1er recruteur de l’Etat avec plus de 26 000 recrutements, c’est plus encore que les années précédentes ;

· Et enfin, j’ajoute que nous avons, dans le cadre de l’appel à projets au titre de la rénovation énergétique des bâtiments du plan de relance gouvernemental, obtenu 207,4 millions d’euros pour conduire les projets présentés par le ministère des Armées.

2. Deuxième priorité, la poursuite de la lutte contre le terrorisme au Levant comme au Sahel où nous devons pérenniser nos partenariats ;

Au Levant, la France est toujours engagée et la France considère que Daech est toujours présent. On peut même parler, je crois, d’une forme de résurgence de Daech en Syrie et en Irak. Depuis la chute de Baghouz, c’était en mars 2019, on constate que l’Etat islamique reprend des forces. Il fait des victimes sur ce théâtre mais il représente aussi, nous ne l’oublions jamais, une menace pour l’Europe et pour la France qui n’a pas oublié que les attentats de janvier et novembre 2015 ont été planifiés depuis cette zone et que des terroristes, comme ça a été le cas cet automne à Conflans ou à Nice, ont été inspirés par les discours de haine tenus par cette organisation et par ses semblables.

Au Sahel, le sommet de Pau a permis d’ancrer des partenariats de plus en plus solides, avec les pays sahéliens mais aussi avec nos alliés européens et internationaux. Il nous faudra donc les prolonger et les renforcer.

Là aussi je ne doute pas qu’il y aura des questions sur ce sujet et donc je ne le développe pas davantage à ce stade.

3. Troisième sujet prioritaire, nous devons poursuivre la construction de l’Europe de la défense et contribuer activement à la préparation de la présidence française de l’Union européenne ;

Je tiens à souligner les progrès réalisés dans ce champ : nous avons avancé sur tous les plans – opérationnel, réflexion, coopération industrielle et du financement : je pense à la Facilité européenne de paix qui entrera en vigueur en 2021, je pense au Fonds européen de défense qui est doté de 8 milliards d’euros. Puis, je pense aux travaux de la boussole stratégique nous permettent pour la première fois d’établir une analyse des menaces pesant sur l’Union européenne, agréée par les 27 Etats-membres. Lors de notre présidence du Conseil de l’Union européenne, c’est un outil qui nous permettra de porter une nouvelle ambition pour l’Europe de la Défense.

Nous pourrons reparler ensemble du SCAF, du MGCS (char du futur) et de l’ensemble des projets de coopération industrielle que nous portons avec nos voisins européens, et avec les Allemands au premier chef.

4. Quatrième priorité, nous continuerons de moderniser nos armées pour faire face aux menaces du futur dans les nouveaux champs de confrontation ;

C’est toute la raison d’être de la LPM. Quant aux champs de confrontation, je pense naturellement au cyberespace – je rappelle que l’hôpital militaire de Sainte-Anne a fait l’objet d’une attaque informatique en 2019 –, et je pense aussi à l’espace, domaine où nous investissons beaucoup, je voudrais d’ailleurs me féliciter du lancement réussi du satellite CSO-2 le 29 décembre dernier, et enfin je pense au champ informationnel. On voit bien les campagnes de désinformation se multiplier, notamment en RCA, mais aussi au Sahel, là encore, nous pourrons en reparler.

5. Et enfin, cinquième priorité, il nous faudra donner un nouveau souffle à nos alliances.

Je pense notamment aux Etats-Unis, où l’installation prochaine de la nouvelle administration américaine est porteuse d’espoir car elle remet au centre le principe même du dialogue et de la coopération. Ce qui ne veut évidemment pas dire que nous allons être d’accord sur tout mais que nous aurons la possibilité d’échanger de façon constructive sur tous les grands défis pour notre sécurité : le terrorisme, la prolifération et notamment le nucléaire iranien, mais aussi la maîtrise des armements, ou encore les stratégies de puissance de la Russie et de la Chine.

Je pense aussi à l’OTAN qui fait face à certains questionnements mais qui reste la pierre angulaire de notre sécurité collective et qui a engagé une réflexion approfondie pour renforcer sa cohésion interne et s’adapter aux nouveaux défis de sécurité.

Et puis je pense enfin au Royaume-Uni, un partenaire qui reste essentiel pour la sécurité de l’Europe au lendemain du Brexit et, avec lequel nous voulons poursuivre notre coopération, tant dans le cadre de l’Union européenne que dans celui des accords bilatéraux de Lancaster House.

Enfin, il reste une dernière priorité, celle qui me poursuit depuis que je suis à la tête de ce ministère et qui ne quitte jamais mon esprit, c’est : communiquer et expliquer sans cesse le sens de notre action aux Français. Nous savons que ces moyens exceptionnels nous confèrent une responsabilité exceptionnelle. J’ai répété maintes fois devant vous que chaque euro dépensé doit être un euro utile, et c’est encore plus indispensable en ces temps où la Nation traverse des épreuves inédites.

Nos armées jouissent d’un fort soutien de la population. Et ce soutien est extrêmement précieux ; mais il ne doit jamais être considéré comme acquis. Et je sais qu’à nos côtés, vous œuvrez pour l’entretenir au quotidien, et je ne peux que vous encourager à continuer de le faire.

Je vous remercie et je passe la parole à la ministre déléguée.

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Les voeux 2020 du président

pour vous souhaiter une bonne année et pour ceux qui n’ont pas eu le temps de le regarder, un résumé du discours des voeux du président. Comme il l’avait déjà fait, il s’est présenté en chef des armées et commençant par saluer les morts et les victimes.

Je vous ai joint l’intégrale du discours en Annexe

L’année 2020 a été marquée par des efforts, mais nous avons fait les bons choix qui nous permettent d’avoir bien résisté. J’ai d’abord une pensée pour les 64 000 victimes et les plus précaires, ainsi qu’une grande reconnaissance pour les soignants.

Nous soutiendrons les acteurs de la culture, du sport et de la restauration. L’épreuve a révélé la solidité de la nation. Malgré la pandémie nous avons continué les réformes comme la baisse des impôts, le congé paternité et de nouveaux droits. Notre pays est un de ceux qui ont le mieux résisté, et qui est le plus intervenu pour soutenir et protéger.

Le Royaume Uni a quitté l’Europe, mais pour nous l’Europe reste la boussole et le but. Nous avons su convaincre l’Allemagne de l’intérêt d’un grand plan de relance. 

Le président énumère ensuite des français modestes mais héroiques et méritants. Marie Corentine, Jean Luc, Gerald, Lucas 11 ans qui a donné sa tablette à des personnes âgées. J’ai été surpris et déçu de n’être pas cité.

Notre nation a montré unité et résilience, les défis à venir 

– la transition écologique

– la lutte pour nos valeurs laicité fraternité sécurité

L’espoir c’est le vaccin. L’espoir c’est notre art de vivre, c’est notre jeunesse à qui nous avons beaucoup demandé, et nous sommes débiteurs vis à vis d’elle

Regardons notre avenir, soyons fiers d’être français, vive la République et vive la France

ANNEXE INTEGRALE DU DISCOURS DISPONIBLE SUR LE SITE DE L ELYSEE

Françaises, Français,

Mes chers compatriotes de l’hexagone, d’outre-mer et de l’étranger,

Ce soir, nous ne vivons pas un 31 décembre comme les autres.

Là où, dans nos villes et nos villages, l’heure est d’habitude aux grands rassemblements, ils sont cette année interdits par l’épidémie : les places de nos communes sont éteintes, nos foyers moins joyeux qu’à l’accoutumée.

L’année 2020 s’achève donc comme elle s’est déroulée : par des efforts et des restrictions. Et j’ai pleinement conscience, par les décisions que j’ai eues à prendre, des sacrifices que je vous ai demandés.

Je suis sincèrement convaincu que nous avons fait les bons choix aux bons moments et je veux vous remercier de votre civisme. De cet esprit de responsabilité collective par lequel nous avons sauvé tant de vies et qui nous permet aujourd’hui de tenir mieux que beaucoup face à l’épidémie.

En votre nom, j’ai ce soir une pensée pour les 64 000 victimes de ce virus, leurs familles et leurs proches. Des parents, des amis, des pans entiers de l’imaginaire français nous ont quitté ces derniers mois.

Oui, cette année 2020 a été difficile. Elle nous a rappelé nos vulnérabilités. Elle a été encore plus injuste pour les plus fragiles. Mais ensemble nous en sortons encore plus unis, et en ayant beaucoup appris.

J’ai aussi une pensée pour tous nos compatriotes vivant dans la précarité, parfois la pauvreté, pour qui la crise que nous traversons rend le quotidien plus difficile encore.

Je veux dire notre reconnaissance à ceux qui se sont mobilisés pour soigner, nourrir, éduquer, protéger, à tous ceux qui par leur travail, leur engagement nous ont permis de tenir debout et ensemble durant ces mois difficiles. Et qui ce soir encore, le font pour la Nation.

A nos concitoyens œuvrant dans les secteurs de la culture, du sport, de la restauration, de l’hôtellerie, du tourisme, ou de l’évènementiel, aux étudiants qui ont souffert et souffrent encore davantage que les autres, je veux leur redire que nous serons là.

Evidemment pour réussir à sortir au plus vite de cette situation.

Et pour leur permettre de tenir dans cette période si dure et injuste pour eux où nous leur demandons de travailler autrement, et parfois même de renoncer à leur activité.

Cette épreuve historique a aussi révélé la solidité de notre Nation.

Malgré la pandémie, nous n’avons jamais renoncé à poursuivre notre ambition de progrès pour chacun en baissant les impôts, en ouvrant de nouveaux droits comme le congé pour les aidants, l’allongement du congé paternité, en soutenant, par des primes, la conversion de notre parc automobile, en ouvrant sur tout le territoire des maisons France services, en investissant dans notre souveraineté et notre recherche de manière historique, en agissant pour produire davantage en France, en Europe.

Nos soignants ont non seulement tenu mais nous avons engagé une transformation en profondeur et des investissements historiques pour notre santé, dont les prochaines années révéleront la pertinence.

Notre pays est l’un de ceux qui est le plus intervenu pour protéger et accompagner les jeunes, les travailleurs, les entrepreneurs. Ce « quoi qu’il en coûte », je l’assume car il a permis de préserver des vies et de protéger des emplois. Il nous faudra bâtir ensemble les réponses qui permettront de ne pas en faire un fardeau pour les générations futures.

Ce soir pour la première fois un pays, le Royaume-Uni, quittera l’Union Européenne. Nous avons scellé il y a quelques jours un accord pour organiser nos relations futures avec lui en défendant nos intérêts, nos industriels, nos pêcheurs et notre unité européenne. Le Royaume Uni demeure notre voisin mais aussi notre ami et notre allié. Ce choix de quitter l’Europe, ce Brexit, a été l’enfant du malaise européen et de beaucoup de mensonges et de fausses promesses. Mais je veux moi vous dire très clairement : notre destin est d’abord en Europe.

Notre souveraineté est nationale et je ferai tout pour que nous retrouvions la maîtrise de notre destinée et de nos vies. Mais cette souveraineté passe aussi par une Europe plus forte, plus autonome, plus unie. C’est ce que nous avons bâti en 2020.

Parce que nous avons su conduire les transformations nécessaires et renforcer notre crédibilité, nous avons su convaincre l’Allemagne puis les autres membres de l’Union Européenne de concevoir un plan de relance unique et massif et de décider d’un endettement commun et solidaire pour mieux préparer notre avenir en nous engageant dans la transition écologique et numérique et en créant autant d’emplois que nous le pouvons pour notre jeunesse.

Oui, cette année 2020 ne se résume pas à l’épidémie même si celle-ci a changé nos vies.

Elle a aussi à mes yeux révélé des parcours exemplaires qui sont autant de boussoles pour les temps à venir.

Notre plus grande fierté en effet ce sont les Françaises et les Français. Vous.

***

Marie-Corentine a 24 ans. Au printemps dernier, cette infirmière fraîchement diplômée originaire de Limoges n’a pas hésité à tout quitter pour prêter main forte aux équipes de l’hôpital de Créteil débordées par l’afflux des malades du virus.

Jean-Luc est chauffeur-éboueur en Guyane. Avec ses collègues Anthony et Maxime, ils n’ont jamais cessé de travailler depuis le début de la pandémie. Au plus fort du confinement, ils constituaient cette « deuxième ligne » qui a permis au pays de continuer à vivre, et à la vie de continuer.

Gérald est entrepreneur près d’Angers. Pour faire face à la demande de masques, il a, avec ses salariés, réussi la prouesse d’ouvrir ses usines 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 et, plus récemment, d’en installer une autre en un temps record.

Lucas a 11 ans et habite Béthune. Lorsqu’il a découvert la situation d’isolement des personnes âgées atteintes de la COVID-19 dans l’hôpital de sa ville, il n’a pas hésité une seconde et a fait don de sa tablette pour leur permettre de communiquer avec leurs proches et de retrouver le sourire. Il a été suivi par de nombreux autres.

Rosalie est libraire à Bagnolet en Seine-Saint Denis. Comme tous ses confrères, elle a beaucoup souffert de la fermeture des commerces, malgré les aides, elle a su innover. Mettre en place un site internet pour permettre la vente à emporter lors des semaines les plus dures. Et les clients, à Noël, ont répondu présents.

Romain est gendarme à Tende, dans les Alpes-Maritimes. La nuit du 2 au 3 octobre, des inondations menacent d’emporter une maison de retraite. Au péril de sa vie, il parvient à évacuer plus de 70 résidents, leur sauvant la vie. Avec les policiers de Nice, qui ont mis fin à l’attentat de la Basilique Notre-Dame de l’Assomption, avec Arno, Cyrille et Rémi, gendarmes tués alors qu’ils portaient secours à une femme battue dans le Puy de Dôme, avec Tanerii, Dorian et Quentin, militaires morts lundi dernier en opération au Mali, ils sont des héros de la Nation.

Medhi est professeur de sciences économiques et sociales dans les quartiers Nord de Marseille. Comme des milliers d’enseignants, il a eu, quelques jours après l’assassinat de Samuel PATY, à organiser un cours sur la laïcité. Pour cela, il a pris le temps de se former auprès d’autres professeurs et d’inspecteurs d’académie. Avec courage, il est alors revenu auprès de ses élèves sur nos valeurs, leur histoire. Assumant cette haute mission de notre école, de nos enseignants : faire des républicains.

Wendie est footballeuse. Comme tous les sportifs amateurs et professionnels, elle a vécu une saison difficile avec des entraînements impossibles, des compétitions décalées, des matchs sans public. Pourtant, elle a puisé en elle la force d’âme d’aller remporter avec son club de toujours une 7ème Ligue des champions, un record, et de nous faire rêver dans cette période grise.

Mauricette a 78 ans. Elle réside dans une maison de retraite de Sevran et il y a quelques jours, vous l’avez tous vu, comme moi, elle a été la première française à se vacciner contre la COVID 19, envoyant, contre l’obscurantisme et le complotisme, un magnifique message d’espoir pour l’année qui s’ouvre.

Tous ces prénoms, ces visages sont ceux de votre sœur, de votre voisin, de vos amis, de ces milliers d’anonymes qui, engagés et solidaires, ont tenu notre pays dans l’épreuve.

Tous ces prénoms, ces visages sont ceux de l’espérance. Ceux de France.

***

Mes chers compatriotes,

Notre Nation a traversé cette année avec une telle unité et une telle résilience : rien ne peut lui résister.

Notre Nation a été capable, dans ces temps difficiles, de tant d’innovation, d’inventivité, de générosité : tout lui est possible.

En 2021, quoi qu’il arrive, nous saurons donc faire face aux crises – sanitaire, économique et sociale, terroriste, climatique – qui ne s’éteindront pas avec le 1er janvier. Les premiers mois de l’année seront difficiles et, au moins jusqu’au printemps l’épidémie pèsera encore beaucoup sur la vie de notre pays.

En 2021, quoi qu’il arrive, parce que nous nous y sommes préparés, nous saurons aussi relever les défis à venir :
– la transition écologique et la protection de la biodiversité, avec la mise en œuvre des propositions de la convention citoyenne, et d’autres réformes.
– la lutte pour la République et pour nos valeurs, la laïcité, la fraternité, pour plus de sécurité. – la poursuite de notre engagement pour le mérite, le travail, l’égalité des chances et la lutte contre toutes les inégalités et les discriminations.

Les épreuves que nous avons affrontées auraient pu émousser notre enthousiasme, désaltérer l’espoir. Il n’en n’est rien.

L’espoir est là dans ce vaccin que le génie humain a fait advenir en un an seulement. C’était impensable il y a encore quelques mois. Et je vous le dis avec beaucoup de détermination ce soir : je ne laisserai personne jouer avec la sûreté et les bonnes conditions, encadrées par nos scientifiques et nos médecins, dans lesquelles la vaccination doit se faire. Je ne laisserai pas davantage, pour de mauvaises raisons, une lenteur injustifiée s’installer : chaque Français qui le souhaite doit pouvoir se faire vacciner. De manière sûre et dans le bon ordre, en commençant par ceux qui présentent le plus de risques.

L’espoir est là, et l’espoir grandit chaque jour dans cette relance qui déjà frémit en France plus qu’ailleurs et qui va nous permettre, dès le printemps, d’inventer une économie plus forte, tout à la fois créatrice d’emplois, plus innovante, plus respectueuse du climat et de la biodiversité et plus solidaire. Et je sais le Premier ministre et le gouvernement pleinement mobilisés.

L’espoir vit dans la liberté que nous retrouverons, dans la force de notre culture, de notre art de vivre à la française, dans les leçons aussi que nous saurons tirer de cette crise pour plus de simplicité, d’efficacité, et parfois tout simplement, de bon sens.

L’espoir vit dans notre jeunesse. Nous lui avons tant demandé : des sacrifices, de renoncer aux rencontres qui sont à cet âge plus qu’à d’autres le sel de la vie. Nous lui avons tant demandé pour sauver des vies en particulier celles des plus fragiles de nos aînés. Nous sommes donc ses débiteurs pour nos choix à venir et je m’y engage : c’est pour notre jeunesse que nous devons continuer à agir, à transformer, à avancer. Nous n’ajouterons pas au coût de la crise, celui de l’inaction.

En luttant contre le virus, en nous battant contre ses conséquences économiques et sociales, en refondant une société plus forte, fraternelle et durable, c’est la France de 2030 que nous bâtirons. Tel est notre cap.

Alors ensemble, dans la concorde, regardons devant nous, regardons notre avenir, préparons dès aujourd’hui ce printemps 2021 qui sera le début d’un nouveau matin français, d’une renaissance européenne.

Restons ce peuple uni, solidaire, fier de son histoire, de ses valeurs, de sa culture, confiant dans l’avenir et le progrès, sûr de son talent et de son énergie et ambitieux pour lui-même. Quoi qu’il arrive.

Soyons fiers. Fiers d’être « nous », les Français, la France.

Voilà mes chers compatriotes.

Bonne année à tous.

Que 2021 soit une année heureuse pour chacune et chacun et une année utile pour notre pays.

Vive la République.

Vive la France.

Discours du président du 6 janvier 2021 en solidarité avec l’Amérique

hier des partisans de Donald Trump se sont introduits de force au Capitole, le temple de la démocratie américaine pour perturber la séance de validation de l’élection de Joe Biden

La démocratie américaine a montré sa solidité en validant l’élection de Joe Biden, et en lui donnant la majorité au sénat, avec en particulier un sénateur noir.

Trump aura finalement tout perdu, la présidence, la chambre des représentants et le sénat.

En réaction à cette violation de la démocratie le président Emmanuel Macron a mis en ligne un petit discours amical, s’affirmant ainsi sur le plan international un des plus fervents soutien de la démocratie américaine, répondant ainsi au cri de La Fayette nous voilà des américains qui débarquèrent en Normandie le D Day

Quand les partisans en armes s’en prennent au temple de la démocratie, c’est l’idée de la démocratie qui est menacée.

Avec La Fayette la France a aidé l’Amérique, et l’a reconnue avec Toqueville. Les Américains furent à nos côtés lors des deux guerres mondiales.

Aujourd’hui la France est solidaire de l’Amérique et de sa démocratie, je lui renouvelle mon amitié .

I just wanted to express our friendship and our faith in the United States.

WHAT HAPPENED TODAY IN WASHINGTON DC IS NOT AMERICA, DEFINITELY.

7 JANVIER 2021 – SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Ce 6 janvier, alors que se tenait une session du Congrès américain devant confirmer la victoire du Président Biden aux élections de novembre 2020, quelques individus violents se sont introduits dans le temple séculaire de la démocratie américaine : le Capitole.

Une femme a été tuée.

Quand, dans une des plus vieilles démocraties du monde, des partisans d’un Président sortant remettent en cause, par les armes, les résultats légitimes d’une élection, c’est une idée universelle – celle d’un homme, une voix – qui est battue en brèche.

Depuis le XVIIIème siècle, les Etats Unis d’Amérique et la France sont liés par un pacte de liberté et de démocratie.

La France, avec La Fayette, a soutenu le peuple américain dans sa quête de liberté et d’indépendance.

La France, avec Alexis de Tocqueville, a reconnu les Etats Unis d’Amérique comme un emblème de la démocratie.

Les Etats Unis d’Amérique, durant le 20ème siècle, lors des deux guerres mondiales, se sont tenus aux côtés de la France à chaque fois que son indépendance, sa liberté, furent menacées.

Alors aujourd’hui, la France se tient aux côtés du peuple américain avec force, ferveur et détermination, et aux côtés de tous les peuples qui entendent choisir leurs dirigeants, décider de leurs destins et de leurs vies, par ce choix libre et démocratique des élections. Et nous ne cèderons rien à la violence de quelques-uns qui veulent remettre en cause cela.

C’est notre choix, depuis plusieurs siècles, de mettre la dignité humaine, la paix, le respect de l’autre, la reconnaissance de la liberté au-dessus de tout, qui est aujourd’hui menacé dans nos démocraties.

C’est pourquoi ce soir, je veux dire notre confiance dans la force de la démocratie américaine.

Je veux dire notre amitié à l’égard du peuple et de la démocratie américaine.

Je veux dire notre lutte commune pour que nos démocraties sortent plus fortes de ce moment que nous vivons tous aujourd’hui.

I just wanted to express our friendship and our faith in the United States.

What happened today in Washington DC is not America, definitely.

We believe in the strength of our democracies. We believe in the strength of American democracy.

Les leçons de l’année 2020

l’année 2020 se termine, alors quelles leçons pouvons nous tirer d’une période assez particulière?

Souviens toi que tu es mortel

disait un esclave au général lors de son triomphe à Rome, au faîte de sa gloire. C’est bien ce message que l’épidémie est venue nous donner à tous. Les progrès de la médecine avaient fini par nous faire croire que nous étions débarrassés des maladies et des épidémies qui, pendant des siècles avaient décimé l’humanité. Nous avions pourtant été largement prévenus de la grande probabilité d’un tel événement.

La science est revenue au premier plan, et a conseillé nos princes, du moins ceux qui ont compris le sérieux de la menace. Nous sommes en guerre nous a dit notre président, et il s’est comporté en chef des armées, livrant des batailles contre un ennemi bien présent, mais difficile à combattre. Par l’opération résilience, l’armée et le SSA est venue soutenir la population.

Les scientifique ont réussi un exploit qui nous redonne espoir, un vaccin en moins d’un an.

Il me semble au passage que des militaires comme vous peuvent réfléchir à cette question, sommes nous en guerre? C’est en tous cas ce que nous a dit le chef des armées. Comme toujours, il me semble que la réponse est loin d’être évidente, mais le problème est intéressant et mérite d’être posé. Il le sera peut être lors d’un prochain écrit, ou un oral…

Avec la maladie, nous avons aussi mieux pris conscience de la fragilité de notre situation, et de la nécessité d’intensifier la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi la fraternité, comme l’a dit François, entre les hommes. Pour ça je compte sur les pompiers de Paris qui, comme mes collègues des centrales, n’ont pas arrêté de travaillé.

En même temps que la situation sanitaire, de grandes difficultés ont secoué notre économie. C’est à la fois une crise de l’offre avec des entreprises qui ont du mal à produire, mais surtout une crise de la demande, avec une consommation qui s’est effondrée. Dans certains secteurs comme l’aéronautique, elle fut fatale. 

Ces crises ont marqué le retour des états, qui ont dans chaque pays géré la situation, sans que les institutions internationales (G20 OTAN ONU) ne soient très présentes. L’Europe, absente au début à fait un retour brillant avec le plan de relance financé par un emprunt communautaire dont l’ampleur a rappelé le plan Marshall. Emmanuel Macron a réussi à convaincre Angela.

Au niveau français, comme dans la plupart des pays, la politique a consisté d’une part à confiner la population, et d’autre part à soutenir les entreprises et les travailleurs en difficulté. Les aides ont été massives, et les déficits comme la dette publique se sont creusés fortement (celle ci atteint 120% du PIB) Les notions économiques traditionnelles (réduction des déficits et des dettes) ont été profondément changées. Il faut dépenser pour soutenir l’économie, dans des proportions telles qu’on commence à se demander si on pourra rembourser cette dette, et si c’est souhaitable.

François Mitterrand avait commenté la guerre contre l’Irak, conduite sous l’égide de l’ONU et des états unis. Emmanuel Macron s’adresse régulièrement au peuple pour lui présenter ses décisions et son analyse. Et il est écouté. Au pays des gilets jaunes, les deux confinements ont été dans l’ensemble bien respectés.

Mais le monde d’après sera y il différent du monde d’avant? Quand on observe la situation actuelle , on pourrait être tenté de partager l’analyse de Jean Yves le Drian qui nous avait dit que le monde d’après serait le monde d’avant mais en pire.

Au niveau français, l’année a aussi été marquée par la mort du président Giscard d’Estaing, qui souhaitait regarder la France au fond des yeux, lui dire son message et écouter le sien. Il avait su comprendre finalement la signification de mai 68, et de la volonté des français de réformer la société (ce que le général n’avait pas su faire) Les transformations furent profondes et rapides, et obtenues souvent en s’appuyant sur l’opposition ( en particulier pour l’IVG) Mais à la fin les français se sont éloignés de lui et ne l’ont pas réélu. Une leçon pour notre président?

Et enfin, au niveau international, les élections américaines. Comment est on passé de Yes We Can à America Great Again, et maintenant à America United Again.

Une première question, comment expliquer le succès de Donald Trump qui au dernière élections a encore battu un record en terme de nombre de voix. D’autant que la tentation du populisme n’épargne ni l’Europe, ni la France. Les gilets jaunes étaient aussi un mouvement qui voulait détruire les élites et la démocratie. 

Comment est on passé d’un président éclairé et consensuel comme Barak Obama à un extrémiste comme Donald Trump? Dans la situation difficile que nous traversons, les américains des banlieues et des campagnes ont un peu réagi comme les gilets jaunes, en s’attaquant aux élites et à l’héritage de l’Amérique gendarme du monde.

Heureusement, les américains ont élu Joe Biden, nous montrant une fois de plus la force de la démocratie américaine qui aura finalement réussi à faire plier Trump, ce qui n’était pas gagné.

Les principales formes de coopération

La coopération est un état d’esprit et un mode de comportement ou les individus conduisent leur relations et leurs échanges d’une manière non conflictuelle ou non concurrentielle, en cherchant les modalités appropriées pour analyser ensemble et de façon partagée les situations et collaborer dans le même esprit pour parvenir à des fins communes ou acceptables par tous. Elle est le contraire de la concurrence. Le terme désigne l’action elle même ou l’institution chargée de cette action.

Cet état d’esprit semble tout à fait nécessaire en ce moment puisque le président l’a souligné dans son entretien au Grand Continent que je vous ai transmis. Pour lui c’est un des enjeux majeurs du monde actuel.

J’en retiendrai deux, d’abord l’Union Européenne qui me semble une des coopérations les plus achevées et les plus performantes au monde, et sans doute un exemple unique, même si l’attitude actuelle de la Pologne et de la Hongrie qui veulent bloquer le plan de relance en montre la difficulté.

Je citerai aussi les routes de la soie, le projet mondial de la Chine qu’on peut lire soit comme le renouveau de la coopération internationale qu’étaient ces routes dans l’antiquité, soit comme une volonté de la Chine d’asseoir sa position de grande puissance mondiale. 

Coopération politique européenne

Elle trouve son origine dans le rapport Davignon adopté en 1970 par les 6 états membres de cl CEE. L’objectif est de développer la coopération intergouvernementale dans le domaine de la politique internationale en vue de parvenir à la définition puis à l’adoption de positions communes. C’est un espace d’échanges diplomatiques entre les états européens.

Cette structure rassemble le conseil européen le conseil des ministres des affaires étrangères, et la présidence de la CEE.

Elle devient le deuxième pilier du traité de Maastricht en 1992 et prend le nom de PESC.

Elle sert aujourd’hui de base à la politique extérieure de l’union au proche orient. Le président parle maintenant d’autonomie stratégique, c’est à dire de la possibilité de décider de façon autonome sans dépendre d’autres pays.

Coopération militaire

La direction de la coopération militaire et de défense était une administration française relevant du ministère des affaires étrangères. Elle s’est transformée en 2009 en direction de la coopération de sécurité et de défense. Elle met en œuvre dans ces domaines, sous forme de projets de coopération bilatéraux ou multilatéraux des actions de formation, d’expertise et de conseil dont elle assure le pilotage te la gestion.

23 pays de l’union européenne ont pris acte, lundi 13 novembre 2017 de leur intention de s’engager dans une coopération militaire renforcée, avec pour ambition de relancer l’Europe de la défense. Cette coopération devrait dans un premier temps déboucher sur le développement commun de matériels. Cette initiative devrait se traduire dans un livre blanc européen de la défense et de la sécurité;

On ne peut pas évoquer ce sujet sans évoquer l’OTAN, une forme de coopération qui permettait aux états unis de se présenter comme le champion du monde libre, et aux européens de bénéficier du parapluie nucléaire américain. Son rival le pacte de Varsovie n’a pas connu un grand succès.

Coopération économique

L’organisation européenne de coopération économique a été instituée le 16 avril 1948. L’objectif premier était de préparer le programme européen de relèvement. Elle devait aussi allouer les fonds du plan Marshall. Elle a commencé de décliner après 1952. En 1961, elle a été remplacée par l’organisation de coopération et de développement économique (OCDE) organisation mondiale. Elle encourage la libéralisation économique au travers du libre échange et de la concurrence pour stimuler l’innovation et les gains de productivité. Pour lutter contre le chômage, elle recommande la flexibilité du marché du travail.

Le plan de relance conçu au niveau européen par la France et l’Allemagne fait penser au plan Marshall, et témoigne d’une vigueur nouvelle de la coopération économique européenne.

Coopération culturelle

L’agence de coopération culturelle et technique fondée en 1970 est chargée d’intensifier le coopération culturelle et technique entre ses membres. Elle intervient comme opérateur principal de la francophonie dans les domaines de l’éducation et de la formation des sciences et technique de l agriculture de la culture et de la communication du droit de l environnement et de l énergie.lors de sa formation elle regroupe 21 membres. En 1996 elle devient l’agence de la francophonie

Il faut aussi citer le projet européen Erasmus qui permet de nombreux échanges entre les étudiants des différents pays.

Coopération scientifique

Garantir le processus de convergence vers l’Europe de la connaissance est le grand objectif de la proposition de budgétisation 2018 de l’état dans le domaine de la science la technologie et l’enseignement supérieur. 4 mesures le constituent concrétiser le contrat avec les universités et les instituts polytechniques pour renforcer le financement. Renforcer les compétences digitales chez les citoyens renforcer l’emploi scientifique. D’autre part, la reconnaissance récente par de nombreux pays de l’importance de la science dans la diplomatie invite à réaffirmer l’exemplarité française ou la cohérence de cette action mobilise son réseau diplomatique au service de l’attractivité de la France.

La recherche scientifique est par nature un domaine de coopération car un de ses piliers et du travail principal des chercheurs reste les publications qui permettent aux scientifiques des différents pays d’échanger leurs idées et leurs résultats. De façon nationale, la recherche est un petit monde où tout le monde se connaît et apprécie les échanges. Je le mesure quotidiennement avec le travail de mon fils Sébastien en optique qui est passé du CNRS à Thales en continuant à travailler avec les mêmes partenaires.

Des présidents nous parlent

deux interview tout à fait intéressants de deux présidents que j’apprécie, Barack Obama, à l’occasion de la sortie de son livre, une terre promise (hier soir sur France 2), et un grand interview d’Emmanuel Macron au journal Le Grand Continent, que j’ai découvert. Je vous recommande ce site (une équipe hébergée par l’école normale supérieure)

Je retiens une citation d’Obama l’effort de changer le monde en vaut la peine, comme celui d’améliorer la vie des autres. D’Emmanuel Macron je retiens une nouvelle définition de l’autonomie stratégique de l’Europe, sa capacité à décider par elle-même et à ne pas dépendre des autres.

D’abord ce que j’ai retenu de l’entretien d’Emmanuel Macron

assurément un texte très intéressant, il est rare qu’un président en exercice donne un interview aussi long où il présente son analyse de la situation nationale et internationale. Je vous le recommande, en vous donnant d’abord quelques idées que j’ai retenu

La principale est pour moi l’évocation de l’autonomie stratégique européenne, présentée comme la capacité de décider seule sans dépendre d’autres pays comme ce fut le cas pour la crise sanitaire.

C’est la première fois que le monde est frappé simultanément par plusieurs crises majeures, le terrorisme, la crise sanitaire, le réchauffement climatique et la transformation numérique avec notamment les réseaux sociaux

Il faut réinventer une coopération internationale et une Europe politique. En effet tous les pays sont concernés par ces crises et ne s’en sortiront qu’en se coordonnant. Nous faisons aussi face à une crise des valeurs, les droits de l’homme ne sont plus considérés comme essentiels en particulier en Russie ou en Chine.

1ère rupture, celle du respect des droits de l’homme, 2ème rupture crise des démocraties occidentales

Enfin le développement des inégalités, et la nécessité de réformer le capitalisme contemporain. La situation démographique évolue très rapidement, avec un dépeuplement de l’Europe, et une augmentation très forte de la population africaine. L’avenir de l’Europe se joue sur sa collaboration avec l’Afrique.

Concernant Barack Obama, il nous éclaire sur l’Amérique actuelle, très divisée, l’arrivée au pouvoir de Donald Trump qui a utilisé les frustrations et les insatisfactions, les deux corps du roi avec la différence entre l’image du président et sa vie d’homme, et l’importance de la littérature.

Une exclusivité. A l’occasion de la sortie en France du premier tome de ses mémoires, Une terre promise (Editions Fayard), l’ancien président des Etats-Unis Barack Obama a accordé une interview diffusée sur France 2, mardi 17 novembre. Voici les principales séquences à retenir de cet entretien avec le journaliste et animateur de l’émission La grande librairie, François Busnel.

Avec Joe Biden, “un retour” à la normale

« Ce pays est divisé, constate Barack Obama. Cela ne date pas de Donald Trump, mais cela a certainement été accéléré par sa présidence. Je crois que Joe Biden (le nouveau président élu des Etats-Unis) et Kamala Harris (sa vice-présidente) représentent un retour à certaines normes (…). Je pense que le combat des idées va devoir continuer. Je crois qu’un examen de la façon dont nous pensons nos démocraties et dont nous les réformons est un projet à long terme », poursuit-il, en prenant acte d’une fracture durable.

Donald Trump a parlé aux gens persuadés que leur Amérique « n’existait plus »

L’ancien président décrit la politique comme un « combat d“histoires concurrentes”, notamment entre perdants et gagnants de la mondialisation. « Quand je suis parti [de la Maison Blanche], j’avais une assez bonne réputation auprès du peuple américain (…). Mais ce qui était clair, c’était les divisions dues aux réactions de la mondialisation, le fait que les habitants des zones urbaines avaient mieux réussi économiquement et qu’ils avaient adopté un point de vue plus cosmopolite, qu’ils acceptaient et encourageaient la diversité. Tout cela a laissé à beaucoup de gens qui vivent dans les zones rurales, le sentiment d’avoir perdu leur statut ».

Donald Trump, selon lui, a su exploiter cela, à l’aide de certains médias. “Je pense que les médias de droite ont attisé tous ces ressentiments et ont encouragé les gens à penser, d’une certaine manière, que l’Amérique dont ils se souvenaient n’existait plus. Et ça, c’est très puissant. Le politique (…) ce n’est pas seulement une question matérielle. C’est souvent une question d’histoires concurrentes pour dire qui nous sommes, ce que signifie notre vie, notre identité. La majorité des Américains a adopté l’histoire que je leur ai racontée, mais un grand nombre ne l’a pas fait et Donald Trump a certainement reflété cela”.

“Nicolas Sarkozy parlait constamment”

Barack Obama évoque aussi l’ancien président de la République français, Nicolas Sarkozy, avec qui il a été fréquemment en contact après la crise financière de 2008. « J’ai trouvé que le président Sarkozy était un partenaire important au côté d’Angela Merkel à l’époque où nous traitions beaucoup de questions difficiles ».

Il ajoute : « Nicolas, c’est quelqu’un qui est constamment en mouvement, qui parlait constamment, qui aimait qu’on fasse attention à lui. Cette énergie et ce charme, associé à Angela Merkel, qui était une personne beaucoup plus sobre, réfléchie, ont fini par former une bonne combinaison« , s’amuse-t-il. Il rappelle que cette “relation transatlantique” lui « tient à cœur », avant de regretter “l’affaiblissement” de cette relation « au cours des quatre dernières années ».

“Il y aura toujours un fossé entre l’image publique et la fonction présidentielle”

Il tient aussi à expliquer qu’il était important « de démystifier la fonction présidentielle ». « Ceux qui accèdent à des postes de pouvoir sont encore des êtres humains, avec des craintes, des doutes », déclare-t-il. « Il y aura toujours un fossé entre l’image publique et la fonction présidentielle avec ses aspects iconiques comme voler à bord de l’avion Air Force One (…). Mais jusqu’en 2008, j’étais quelqu’un qui lavait sa voiture, qui faisait ses courses avec ses filles et devait s’inquiéter de payer ses factures. Raconter cela me paraît utile pour démystifier la fonction et expliquer que c’est un emploi (…). Ce que je veux dire aux jeunes, pas seulement des Etats-Unis, mais du monde entier, c’est qu’eux aussi ont une voie« .

Toni Morrison, la romancière qui l’a « aidé à apprendre à écrire »

Plus littéraire que politique, Barack Obama ? Interrogé sur la romancière et prix Nobel de littérature Toni Morrison (1931-2019), il répond : « L’avantage de devenir président, c’est que vous rencontrez des gens que vous avez idolâtré. J’ai lu pour la première fois Le chant de Salomon, Sula et L’œil le plus bleu (trois des romans de Toni Morrison) lorsque j’étais encore à l’université. Je lui ai dit, lorsque je l’ai rencontrée, qu’elle était quelqu’un qui m’a aidé à apprendre à écrire. Ses livres étaient une université où apprendre à écrire et à décrire de belle façon les questions humaines les plus fondamentales. C’était une grande joie de faire sa connaissance (…). Ce qui était merveilleux chez Toni, c’est qu’elle était à la fois majestueuse, espiègle et assez drôle. Elle avait un rire merveilleux et un sens de l’humour extraordinaire ».

“On ne peut pas résoudre un problème [le racisme] en prétendant qu’il n’existe pas”

Interrogé sur la question raciale, Barack Obama assène : « On ne peut pas résoudre un problème en prétendant qu’il n’existe pas (…). Un des débats qui fait rage en Amérique, c’est : comment peut-on surmonter notre fossé racial ? L’esclavage, la ségrégation… On ne peut pas prétendre que ça n’a jamais existé, parce que ça continue à avoir une énorme influence aujourd’hui », lâche-t-il, en énumérant “les énormes écarts de richesse”, de « revenu« , « d’éducation et de santé »“Nous sommes en pleine pandémie, et les taux de mortalité sont nettement plus élevés chez les Noirs et les gens de couleur”, cite-t-il, entre autres injustices. “Tout ça remonte au passé”.

Selon lui, une écrivaine comme Toni Morrison permet de mieux “fouiller ce passé, pour le regarder d’une manière honnête”. C’est ce « regard honnête », qui permettra d’assumer ce passé et de s’en « libérer« , comme l’Allemagne a dû “regarder de près”son passé nazi ou l’Afrique du Sud, ce qui s’est passé pendant l’apartheid. « Les Etats-Unis d’Amérique doivent travailler davantage ces questions (…). Nous avons tous la responsabilité d’aller de l’avant sur un chemin meilleur que celui du passé ».

bonjour à tous

assurément un texte très intéressant, il est rare qu’un président en exercice donne un interview aussi long où il présente son analyse de la situation nationale et internationale. Je vous le recommande, en vous donnant d’abord quelques idées que j’ai retenu

La principale est pour moi l’évocation de l’autonomie stratégique européenne, présentée comme la capacité de décider seule sans dépendre d’autres pays comme ce fut le cas pour la crise sanitaire.

C’est la première fois que le monde est frappé simultanément par plusieurs crises majeures, le terrorisme, la crise sanitaire, le réchauffement climatique et la transformation numérique avec notamment les réseaux sociaux

Il faut réinventer une coopération internationale et une Europe politique. En effet tous les pays sont concernés par ces crises et ne s’en sortiront qu’en se coordonnant. Nous faisons aussi face à une crise des valeurs, les droits de l’homme ne sont plus considérés comme essentiels en particulier en Russie ou en Chine. 

1ère rupture, celle du respect des droits de l’homme, 2ème rupture crise des démocraties occidentales 

Enfin le développement des inégalités, et la nécessité de réformer le capitalisme contemporain. La situation démographique évolue très rapidement, avec un dépeuplement de l’Europe, et une augmentation très forte de la population africaine. L’avenir de l’Europe se joue sur sa collaboration avec l’Afrique. 

La doctrine Macron : une conversation avec le Président français

 Entretiens Politique

Alors qu’en cette fin d’année 2020, les crises se font concurrence en France et en Europe, le Président français, dans l’un de ses plus longs entretiens, est revenu avec le Grand Continent sur les principaux éléments de sa nouvelle doctrine en matière internationale.AUTEURLe Grand ContinentCOVER© Claudia ImbertDATE16 novembre 2020

L’année 2020 touche bientôt à sa fin. Entre gestion immédiate des urgences et vision à long terme, quel est aujourd’hui le cap pour vous ?

Vous l’avez dit, l’année 2020 a été jalonnée de crises. Celle évidemment de l’épidémie de Covid-19 et celle du terrorisme, qui est revenue ces derniers mois avec beaucoup de force en Europe mais aussi en Afrique. Je pense en particulier à ce terrorisme qu’on appelle islamiste, mais qui est fait au nom d’une idéologie qui déforme une religion.

Ces crises viennent s’ajouter à tous les défis que nous connaissions et qui étaient, je dirais, structurels : le changement climatique, la biodiversité, la lutte contre les inégalités – et donc l’insoutenabilité des inégalités entre nos sociétés et dans nos sociétés – et la grande transformation numérique. On est à un moment de notre humanité où, au fond, on a rarement eu une telle accumulation de crises de court terme, comme l’épidémie et le terrorisme, et de transitions profondes et structurantes qui changent la vie internationale et qui ont même des impacts anthropologiques : je pense au changement climatique comme d’ailleurs à la transition technologique qui transforme nos imaginaires, on l’a encore vu récemment, qui bouscule complètement le rapport entre le dedans, le dehors et nos représentations du monde.

Face à cela, et vous avez raison de parler de cap, il y a, je le crois très profondément, un fil directeur. C’est qu’on a besoin de réinventer les formes d’une coopération internationale. L’une des caractéristiques de toutes ces crises, c’est que l’humanité les vit avec des différences selon l’endroit où elle se trouve, mais nous sommes tous confrontés à ces grandes transitions et à ces crises ponctuelles au même moment. Pour les résoudre au mieux, nous avons besoin de coopérer. On ne battra pas l’épidémie et ce virus si on ne coopère pas. Quand bien même certains découvriraient un vaccin, s’il n’est pas diffusé à la planète entière, cela veut dire que le virus reviendra dans certaines zones. Pour combattre le terrorisme, on est là aussi tous frappés : il ne faut pas oublier que plus de 80 % des victimes de ce terrorisme islamiste proviennent du monde musulman, on l’a encore vu au Mozambique ces derniers jours. Nous avons une communauté de destin face à toutes ces crises. Et pour moi le premier cap dans la vie internationale est de chercher les voies d’une coopération utile : ce qu’on a fait sur le virus avec le mécanisme Act-A, ce qu’on a essayé de faire sur le terrorisme en bâtissant des coalitions nouvelles et ce qu’on a fait constamment sur les grands chantiers que je viens d’évoquer.

Nous devons avoir deux axes forts : retrouver les voies d’une coopération internationale utile qui évite la guerre mais permet de répondre à nos défis contemporains ; construire une Europe beaucoup plus forte, qui puisse peser de sa voix, de sa force, et avec ses principes dans ce cadre refondé.EMMANUEL MACRON

À côté de cela, le cap, pour moi, c’est aussi l’importance, dans ce moment – et l’un pour moi est complémentaire de l’autre – de renforcer et structurer une Europe politique. Pourquoi ? Parce que si on veut qu’il y ait de la coopération qui se crée, il faut que des pôles équilibrés puissent structurer cette coopération, autour d’un nouveau multilatéralisme, c’est-à-dire d’un dialogue entre les différentes puissances pour décider ensemble. Cela implique d’acter que les cadres de la coopération multilatérale sont aujourd’hui fragilisés, parce qu’ils sont bloqués : je suis obligé de constater que le Conseil de Sécurité des Nations Unies ne produit plus de solutions utiles aujourd’hui ; nous sommes tous coresponsables quand certains deviennent les otages des crises du multilatéralisme, comme l’OMS par exemple.

On doit réussir à réinventer des formes utiles de coopération, des coalitions de projets, d’acteurs et nous devons réussir à moderniser les structures et à rééquilibrer ces relations. Pour ce faire, nous avons aussi besoin de repenser les termes de la relation : pour moi le deuxième élément du cap, c’est une Europe forte et politique. Pourquoi ? Parce que je pense que l’Europe ne dissout pas la voix de la France : la France a sa conception, son histoire, sa vision des affaires internationales, mais elle construit une action beaucoup plus utile et forte si elle le fait par le truchement de l’Europe. Je pense même que c’est la seule possibilité pour imposer nos valeurs, notre voix commune, pour éviter le duopole sino-américain, la dislocation, le retour de puissances régionales hostiles. C’est ce qu’on a réussi à faire pour préserver l’Accord de Paris sur le climat : c’est vraiment l’Europe qui a structuré l’agenda après la décision du président Trump, pour garder ensuite la Chine avec nous. C’est ce qu’on a fait pour la lutte contre le terrorisme en ligne avec l’appel de Christchurch – en coopérant avec des Néo-Zélandais, mais c’est vraiment une action européenne que nous avons lancée ici même il y a un an et demi.

Je considère donc que, dans ce moment, il ne faut surtout pas perdre le fil européen et cette autonomie stratégique, cette force que l’Europe peut avoir pour elle-même. Si j’essaie de voir au-delà du quotidien, je dirais donc que nous devons avoir deux axes forts : retrouver les voies d’une coopération internationale utile qui évite la guerre mais permet de répondre à nos défis contemporains ; construire une Europe beaucoup plus forte, qui puisse peser de sa voix, de sa force, et avec ses principes dans ce cadre refondé.

Vous parlez de cap, en vous projetant vers l’avenir, mais on peut comprendre ce moment de transition en regardant aussi vers le passé pour se demander quelle est l’ère qui s’achève en 2020. Est-ce une ère qui a commencé en 1989, en 1945 ?

C’est très dur à dire, parce qu’on ne sait pas si on est à un moment qui permet de penser la période. Je ne sais pas s’il fait encore nuit pour que la chouette de Minerve puisse se retourner sur ce qui s’éteint pour le comprendre… Mais je pense que les deux éléments de césure que vous évoquez en sont, 1968 en est sans doute un aussi.

On voit qu’on a une crise du cadre multilatéral de 1945 : une crise de son effectivité, mais, plus grave à mes yeux, au fond, une crise de l’universalité des valeurs portées par ses structures. Et c’est pour moi – on l’évoquait tout à l’heure dans la conférence du Forum de Paris sur la paix – un des points les plus graves de ce qu’on vient de vivre dans la période récente. Des éléments comme la dignité de la personne humaine, qui étaient des intangibles, et dans lesquels au fond s’inscrivaient tous les peuples des Nations Unies, tous les pays représentés, sont maintenant mis en cause, relativisés. Il y a un relativisme contemporain qui vient, qui est vraiment une rupture, et qui est le jeu de puissances qui ne sont pas à l’aise avec le cadre des droits de l’homme des Nations Unies. Il y a très clairement un jeu chinois, un jeu russe sur ce sujet, qui promeut un relativisme des valeurs et des principes, et un jeu aussi qui essaie de reculturaliser, de remettre dans un dialogue de civilisations, ou dans un conflit de civilisation, ces valeurs, en les opposant à l’aune du religieux par exemple. Tout cela est un instrument qui fragmente l’universalité de ces valeurs. Si on accepte de remettre en cause ces valeurs, qui sont celles des droits de l’homme et du citoyen, et donc d’un universalisme qui repose sur la dignité de la personne humaine et de l’individu libre et raisonnable, alors c’est très grave. Parce que les échelles de valeurs ne sont plus les mêmes, parce que notre mondialisation a été construite sur cet élément : il n’y a rien de plus important que la vie humaine. Donc, là, je vois une première rupture. Elle est très récente ; elle s’installe ; elle est le fruit de choix idéologiques totalement assumés de puissances qui, par ce truchement, voient les moyens de se rehausser, et d’une forme de fatigue, d’affaissement. On s’habitue et on pense que ce qui est devenu un ensemble de mots que l’on répète tout le temps n’est plus en risque. C’est la première rupture, et elle est très inquiétante.

Il y a une deuxième rupture dans notre concert des nations, qui est, je pense, la crise des sociétés occidentales post-1968 et 1989. Vous voyez un néo-conservatisme monter, partout en Europe d’ailleurs, qui est une remise en cause – ce sont les néo-conservateurs eux-mêmes qui le prennent comme référence – de 1968, c’est-à-dire au fond d’un état de maturité de notre démocratie – la reconnaissance des minorités, ce mouvement de libération des peuples et des sociétés – et il y a le retour du fait majoritaire et en quelque sorte d’une forme de vérité des peuples. Cela revient dans nos sociétés, partout. C’est une vraie rupture qu’il ne faut pas négliger, parce qu’elle est un instrument de refragmentation.

Et je pense qu’on est aussi à un point de rupture par rapport au post-1989. Les générations qui sont nées après 1989 n’ont pas connu la dernière grande lutte qui a structuré la vie intellectuelle occidentale et nos relations : l’anti-totalitarisme. Elles se sont structurées pour beaucoup, ainsi que leur accès à la vie académique, politique, sur une fiction qui était la « fin de l’histoire » et un implicite qui était l’extension permanente des démocraties, des libertés individuelles etc. On voit que ce n’est plus le cas. Réémergent des puissances régionales qui sont autoritaires, réémergent des théocraties. La ruse de l’histoire, d’ailleurs, arrivant sans doute au moment des printemps arabes, où ce qui est vu avec cette même grille de lecture comme un élément de libération est un élément de retour de l’esprit de certains peuples et du religieux dans le politique. C’est une accélération extraordinaire d’un retour du fait religieux dans plusieurs de ces pays sur la scène politique.

Tous ces éléments produisent des ruptures très profondes dans notre vie, dans la vie de nos sociétés, et dans l’esprit qui est né dans ces dates de référence. Et c’est pour cela que je veux lancer ce qu’on pourrait appeler le « consensus de Paris », mais qui sera le consensus de partout.EMMANUEL MACRON

Tous ces éléments produisent des ruptures très profondes dans notre vie, dans la vie de nos sociétés, et dans l’esprit qui est né dans ces dates de référence. Et c’est pour cela que je veux lancer ce qu’on pourrait appeler le « consensus de Paris », mais qui sera le consensus de partout, qu’on a lancé aujourd’hui, qui consiste à aller au-delà de ces grandes dates qui ont structuré le fait politique, intellectuel des dernières décennies, pour interroger l’élément de concrétisation du consensus dit de Washington, et donc le fait que nos sociétés s’étaient aussi construites sur le paradigme d’économies ouvertes, d’une économie sociale de marché, comme on disait dans l’après-guerre en Europe, qui est devenue d’ailleurs de moins en moins sociale, de plus en plus ouverte, et qui, après ce consensus, au fond, est entrée dans un dogme où les vérités étaient : réduction de la part de l’État, privatisations, réformes structurelles, ouverture des économies par le commerce, financiarisation de nos économies, avec une logique assez monolithique fondée sur la constitution de profits. Cette ère-là a eu des résultats, ce serait trop facile de la juger avec le regard actuel. Elle a permis de sortir des centaines de millions d’habitants de la planète de la pauvreté, par l’ouverture de nos économies, par la théorie de l’avantage comparatif, beaucoup de pays pauvres en ont profité. Mais on la voit aujourd’hui différemment, ce qui est un élément de rupture profonde, par rapport aux grandes transitions que j’évoquais.

Premièrement, elle ne permet pas de penser et d’internaliser les grands changements du monde, en particulier le changement climatique qui demeure une externalité dans le consensus de Washington. Or, on arrive à un point où l’urgence est telle qu’il est impossible de demander à des gouvernants de gérer l’une des questions prioritaires du moment, la question sans doute prioritaire pour la génération à venir, simplement comme une externalité de marché. Il faut la remettre dans le marché. C’est ce que nous sommes en train de faire depuis l’Accord de Paris, avec par exemple le prix carbone, qui n’est pas compréhensible dans le cadre du consensus de Washington, car il implique que quelque chose d’autre que le profit doit être intégré.

La deuxième chose, ce sont les inégalités. Le fonctionnement de l’économie de marché contemporaine et financiarisée a permis l’innovation et la sortie de la pauvreté dans certains pays, mais il a accru les inégalités dans nos pays. Parce qu’il a délocalisé massivement, parce qu’il a réduit au sentiment d’inutilité une partie de notre population, avec des drames économiques, sociaux mais aussi psychologiques profonds : nos classes moyennes en particulier, et une partie de nos classes populaires ont été la variable d’ajustement de cette mondialisation ; et cela est insoutenable. C’est insoutenable, et on l’a sans doute sous-estimé. Nos démocraties vivent sur une forme de surface de sustentation, où il faut à la fois le principe politique de la démocratie et ses alternances, les libertés individuelles, l’économie sociale de marché et le progrès pour les classes moyennes. Ces éléments étaient la base sociologique de nos régimes : c’est comme cela qu’on fait depuis le XVIIIe siècle. À partir du moment où les classes moyennes n’ont plus d’éléments de progrès pour elles-mêmes et vivent le déclin année après année, un doute s’installe sur la démocratie. C’est exactement ce qu’on voit partout, des États-Unis de Donald Trump au Brexit en passant par les coups de semonce que nous avons dans notre pays et dans beaucoup de pays européens, c’est ce doute qui s’installe où l’on dit au fond : « puisque je n’ai plus de progrès, pour revenir au progrès pour moi, eh bien il faut soit que je réduise la démocratie et que j’accepte une forme d’autorité, soit que j’accepte de fermer des éléments de frontières parce que ce fonctionnement du monde ne marche plus. »

C’est pour cette raison que je crois très profondément que nous sommes à un point de rupture, qui est un point de rupture très profond aussi, en plus de ces rendez-vous politiques, qui est un point de rupture du capitalisme contemporain. Parce que c’est un capitalisme qui s’est financiarisé, qui s’est surconcentré et qui ne permet plus de gérer les inégalités dans nos sociétés et au niveau international. Et on ne peut y répondre qu’en le refondant. D’abord, on n’y répond pas dans un seul pays, j’ai fait une politique d’ailleurs qui ne va pas du tout dans ce sens et je l’assume parfaitement. Aussi vrai que le socialisme n’a pas marché dans un seul pays, la lutte contre ce fonctionnement du capitalisme est inefficace dans un pays. On n’y répond pas par la fiscalité, on y répond en construisant différemment les parcours de vie : par l’éducation et la santé quand on est un pays, mais ensuite par un fonctionnement différent des mouvements financiers et économiques, c’est-à-dire en intégrant l’objectif climatique, l’objectif d’inclusion et les éléments de stabilité du système dans le coeur de la matrice. Voilà comment je vois les choses.

Nous sommes à un moment de rupture politique par rapport à plusieurs choses qui avaient été acquises à des dates-clés. En même temps, nous sommes à un moment de rupture du système capitaliste, qui doit penser à la fois les sujets des inégalités et du changement climatique. S’ajoute à cela un fait nouveau, mais qui est en train de se structurer de manière perverse, que sont les réseaux sociaux et Internet. Et cette création formidable, qui a d’abord été faite pour échanger des savoirs et les faire circuler au sein d’une communauté académique, est devenue un instrument extraordinaire de diffusion de l’information, mais est aussi devenue deux choses dangereuses : un instrument de viralisation des émotions, quelles qu’elles soient – qui fait que chacun se voit dans le monde et dans l’émotion de l’autre sans recontextualisation, pour le meilleur et pour le pire –, et un élément de dé-hiérarchisation de toutes les paroles – et donc de contestation de toute forme d’autorité, au sens générique, qui permet de structurer la vie en démocratie et en société, qu’elle soit politique, académique ou scientifique – simplement parce que c’est là, que quelqu’un l’a dit, et que cela a la même valeur d’où qu’il parle. Cela, nous ne l’avons pas encore suffisamment intégré. Nous n’avons pas organisé d’ordre public de cet espace. Cet espace surdétermine nos choix aujourd’hui, et il change du même coup notre vie politique. Et donc, anthropologiquement, il bouscule les démocraties et notre vie.

Le dernier point d’inflexion est le changement démographique, qu’on oublie souvent. Dans ce qui structure ce moment, il y a ces grands changements climatiques, technologiques, politiques, économiques et financiers, et puis il y a le fait démographique. Nous avons une population qui continue de s’accroître à une vitesse folle. Nous avons, bien que je ne les défende pas, des théories malthusianistes qui vont revenir, parce que nous ne pouvons pas être dans un monde qui doit penser la rareté des ressources et la finitude de l’espèce humaine, et qui en même temps considère que sa démographie est un élément exogène. Aujourd’hui, on a atteint une augmentation de la population mondiale de 400 à 500 millions d’habitants tous les cinq ans. Et surtout, cette augmentation se fait avec des déséquilibres très profonds : si l’on prend la plaque Europe-Afrique, sur la même période, pour un pays d’Europe qui disparaît démographiquement, un pays d’Afrique apparaît. On assiste à une sorte d’accélération de la torsion de l’histoire. On a une Europe dont la démographie baisse de manière inquiétante – moins en France qu’ailleurs – on a des pays d’Europe où se produisent des mouvements de population très inquiétants, par exemple en Europe de l’Est. Et la démographie africaine est très importante. Tout cela crée aussi une reconception du monde, des capacités économiques, des destins, et vient évidemment aussi bouleverser les relations transnationales.

Je pense qu’il n’y a jamais eu dans notre histoire une période qui concentrait autant d’éléments de rupture.

Avec quels instruments bâtit-on un nouveau multilatéralisme qui prenne acte de ces bouleversements ?

D’abord, il y a un travail d’idées à mener, il faut le penser, le nommer. Aujourd’hui, les idéologies divergent. Il y a trois ans, lorsque je parlais de souveraineté européenne ou d’autonomie stratégique, on me prenait pour un fou, on renvoyait ces idées à des lubies françaises. Nous avons réussi à faire bouger les choses. En Europe, ces idées se sont imposées. L’Europe de la défense, qu’on croyait impensable, nous l’avons faite. Nous avançons sur le terrain de l’autonomie technologique et stratégique, alors qu’on s’était étonné lorsque j’ai commencé à parler de souveraineté sur la 5G. Il y a donc d’abord un travail idéologique à mener, et c’est une urgence. Il s’agit de penser les termes de la souveraineté et de l’autonomie stratégique européennes, pour pouvoir peser par nous-mêmes et non pas devenir le vassal de telle ou telle puissance et ne plus avoir notre mot à dire.

Il y a ensuite à prendre acte de ces tensions, les penser ensemble, et construire notre action utile. L’Europe a énormément d’impensés. Sur le plan géostratégique, nous avions oublié de penser car nous pensions par le truchement de l’OTAN nos relations géopolitiques, soyons clairs – la France moins que d’autres par son histoire, mais ce surmoi est encore présent, je me bats parfois contre celui-ci. Donc l’idéologie que l’on peut instaurer en Europe, c’est-à-dire une lecture commune du monde et de nos intentions, est un premier point essentiel. Ce que nous avons lancé autour du Forum pour la Paix, le consensus de Paris et notre action pour la politique française et européenne, tout cela est essentiel.

L’Europe a énormément d’impensés. Sur le plan géostratégique, nous avions oublié de penser car nous pensions par le truchement de l’OTAN nos relations géopolitiques, soyons clairs.EMMANUEL MACRON

Ensuite, à très court terme, la réponse passe par les coalitions d’acteurs. Ce que j’applique depuis le premier jour, c’est une espèce de pragmatisme, où l’on fait avec ce qu’on a, et où l’on montre par l’exemple que cela avance. Quand les États-Unis d’Amérique ont décidé de quitter l’Accord de Paris sur le climat, deux heures plus tard, je faisais la conférence Make our planet great again en clin d’œil au président Trump, et quelques mois plus tard, nous organisions, à la date anniversaire de l’Accord de Paris, le premier One Planet Summit, ici à l’Élysée. Nous avons lancé une coalition d’acteurs : des États américains, des entreprises américaines, des grands financiers, et nous avons lancé plusieurs dizaines de coalitions pour dire concrètement : comment se bat-on contre la désertification ici, là pour réduire les émissions de CO2 ou pour lutter contres les émissions d’hydrofluorocarbures (HFC). Depuis le One Planet Summit de décembre 2017, nous avons constamment fait cela. On y a aussi associé des acteurs que l’on n’incluait pas suffisamment dans le jeu des nations : j’ai ainsi tenu un One Planet Summit en Afrique, car je considère que notre stratégie doit être afro-européenne. Cette refondation doit s’appuyer sur une Europe beaucoup plus unie géopolitiquement et qui engage avec elle l’Afrique comme partenaire, de manière totalement paritaire. On l’a fait sur la lutte contre la désertification à Nairobi. On l’a aussi fait quand nous avons eu la présidence du G7 : on a mis en place des coalitions d’acteurs pour réduire le transport maritime international, pour réduire les HFC, et en construisant un G7 avec les pays africains. Et ils ont été présents pendant la moitié du programme.

C’est donc premièrement une refonte de notre grille de lecture : plus d’Europe. Et deuxièmement, un vrai partenariat Europe-Afrique, parce qu’on a la clé du problème entre nous. Derrière, ensuite, la construction de coalitions très concrètes avec des acteurs gouvernementaux et non-gouvernementaux – entreprises, associations – pour avoir des résultats sur un chemin qu’on s’est donné ensemble. Et à partir de là, nous pourrons construire des stratégies d’alliance plus large. C’est par cette stratégie, toujours au sujet du climat, que nous avons réussi à engager la Chine avec nous. À chaque One Planet Summit, la Chine est présente et annonce le renforcement d’un marché chinois du carbone et la mise en place d’un prix du carbone. Parce que nous savons être actifs et engager ces coalitions sans rester dans une stratégie inerte, nous arrivons à engager également les Chinois, ce qui va nous permettre, je l’espère, de passer une étape sur les objectifs 2030 et sur la neutralité carbone en 2050 dans les prochains mois avec la Chine, et de pouvoir réengager sur cette base les Américains.

Un autre exemple de cette tactique que j’ai employée depuis trois ans pour arriver à ces fins, ce sont les réseaux sociaux : la lutte pour nos libertés, la norme publique et contre la haine en ligne et le terrorisme. Quand a lieu l’attaque en Grande-Bretagne à l’été 2017, Theresa May vient ici le 13 juin 2017 et nous appelons les grandes plateformes et les réseaux sociaux à retirer tous les contenus terroristes qui y sont diffusés. Nous le portons ensuite aux Nations Unies. Pendant un an, cela été un combat très dur, nous avons été très peu suivis, les amoureux du free speech se sont dressés contre cette proposition. À l’ONU comme en Europe, nous étions très seuls. Nous sommes arrivés à faire bouger les choses malheureusement à cause de l’attentat de Christchurch. Le 13 mai 2019, à l’Élysée, j’invite la première ministre néo-zélandaise, plusieurs dirigeants européens, des dirigeants africains – toujours dans cette volonté d’inclure plusieurs espaces –, et les grands dirigeants de plateformes sont présents (Twitter, Facebook, Google…). Et tous s’engagent sur la golden hour, c’est-à-dire sur le fait de retirer les contenus terroristes en moins d’une heure. Ce n’est pas une loi, c’est un engagement hybride et inédit, avec des États souverains, pour réagir à ce problème. Dans quelques jours, on arrivera, je l’espère, à ce que le Parlement vote le texte qui rendra obligatoire cette golden hour en Europe.

On peut, face à chacune de ces urgences, faire bouger les choses, si nos principes et les finalités sont clairs et si l’on arrive à bâtir des stratégies d’acteurs originales, nouvelles, entre États et avec des puissances non-étatiques. Cela exige tout de même soit de réagir très rapidement quand il y a un choc – c’est l’exemple de Christchurch –, soit de bâtir le terreau d’une idéologie commune et d’une lecture commune du monde, qui est de montrer que l’on a besoin, face à ces défis communs, de construire des coopérations efficaces.

Un dernier exemple serait celui d’Act-A. Quand le virus est arrivé, nous n’avions qu’une peur : si le virus arrive en Afrique et dans d’autres pays pauvres, comment vont-ils faire ? Si nous n’avons d’autre solution que de fermer nos pays, comment peuvent-ils vivre ? Tout de suite, nous avons lancé un Bureau de l’Union africaine, en ligne, avec plusieurs dirigeants, avant de porter cette voix en Europe et au G20. Et nous avons structuré cette initiative Act-A avec l’Union africaine, l’Union européenne, les autres puissances du G20, l’OMS, pour permettre de financer l’amélioration des systèmes de soins primaires, et surtout la garantie que le vaccin serait un bien public mondial et que nous nous mettrions en situation d’en produire suffisamment pour les fournir aux pays les plus pauvres. Nous avons des solutions à chaque fois, mais il faut construire les innovations nécessaires sur chacun de ces thèmes.

On peut, face à chacune de ces urgences, faire bouger les choses, si nos principes et les finalités sont clairs et si l’on arrive à bâtir des stratégies d’acteurs originales, nouvelles, entre États et avec des puissances non-étatiques.EMMANUEL MACRON

Pourriez-vous revenir sur les mots de l’Europe géopolitique : quelle définition concrète y a-t-il derrière souveraineté, autonomie stratégique, Europe-puissance ?

L’Europe n’est pas qu’un marché. Implicitement, depuis des décennies, on fait comme si l’Europe était un marché unique. Mais nous n’avons pas pensé en interne l’Europe comme un espace politique fini. Notre monnaie n’est pas parachevée. Nous n’avions pas, jusqu’aux accords de cet été, un vrai budget et une véritable solidarité financière. Nous n’avons pas pensé jusqu’au bout les sujets sociaux qui font que nous sommes un espace uni. Et nous n’avons pas suffisamment pensé ce qui fait de nous une puissance dans le concert des nations : une région très intégrée avec un fait politique clair. L’Europe doit se repenser elle-même politiquement et agir politiquement pour définir des objectifs communs qui ne sont pas simplement une délégation de notre avenir au marché.

De manière concrète, cela veut dire que, quand on parle de technologies, l’Europe a besoin de bâtir ses propres solutions pour ne pas dépendre d’une technologie américano-chinoise. Si nous en sommes dépendants, par exemple dans les télécommunications, nous ne pouvons pas garantir aux citoyens européens le secret des informations et la sécurité de leurs données privées, parce que nous ne possédons pas cette technologie. En tant que puissance politique, l’Europe doit pouvoir fournir des solutions en termes de cloud, sinon, vos données seront stockées dans un espace qui ne relève pas de son droit – ce qui est la situation actuelle. Donc, quand on parle de sujets aussi concrets que cela, on parle en fait de politique et du droit des citoyens. Si l’Europe est un espace politique, alors nous devons la bâtir pour que nos citoyens aient des droits que nous puissions politiquement garantir.

Soyons clairs : nous avons laissé se créer des situations où ce n’est plus tout à fait le cas. Aujourd’hui, nous sommes en train de reconstruire une autonomie technologique par exemple pour la téléphonie, mais ce n’est pas le cas pour le stockage des données sur le cloud. Nos informations sont sur un cloud qui n’est pas régulé par le droit européen, et dans le cas d’un sujet litigieux, nous dépendons du bon vouloir et du fonctionnement du droit américain. Politiquement, c’est insoutenable pour des dirigeants élus, car cela veut dire que quelque chose que vous êtes, en tant que citoyen, en droit de me demander – la protection de vos données, une garantie ou une régulation sur cela, en tout cas un débat éclairé et transparent des citoyens sur ce sujet –, nous n’avons pas construit les moyens de le faire.

Il en va de même au sujet de l’extraterritorialité du dollar, qui est un fait et qui ne date pas d’hier. Il y a moins de dix ans, plusieurs entreprises françaises ont été pénalisées de plusieurs milliards d’euros parce qu’elles avaient opéré dans des pays qui faisaient l’objet d’une interdiction au regard du droit américain. Cela veut dire concrètement que nos entreprises peuvent être condamnées par des puissances étrangères quand elles ont une activité dans un pays tiers : c’est une privation de souveraineté, de la possibilité de décider pour nous-mêmes, c’est un affaiblissement immense.

Nous en avons malheureusement mesuré toutes les conséquences quand il s’est agi de la discussion sur l’Iran. Nous, Européens, voulions rester dans le cadre de ce qu’on appelle le JCPOA. Les Américains en étant sortis, aucune entreprise européenne n’a pu continuer à commercer avec l’Iran, de peur des sanctions qu’elles encouraient vis-à-vis des États-Unis. Donc, quand je parle de souveraineté ou d’autonomie stratégique, je relie tous ces sujets, qui paraissent au premier abord très éloignés les un des autres.

Qu’est-ce qui fait que nous décidons pour nous-mêmes ? C’est cela, l’autonomie : l’idée que nous choisissons nos propres règles pour nous-mêmes. Cela suppose de revisiter des politiques auxquelles nous nous étions habitués, technologiques, financières et monétaires, politiques, avec lesquelles nous bâtissons en Europe des solutions pour nous, pour nos entreprises, nos concitoyens, qui nous permettent de coopérer avec d’autres, avec ceux qu’on choisit, mais pas de dépendre d’autres, ce qui est aujourd’hui encore trop souvent le cas. Nous avons beaucoup amélioré les choses ces dernières années, mais nous n’avons pas réglé ce problème.

Peut-on aller jusqu’à parler de souveraineté européenne, comme je l’ai fait moi-même ? C’est un terme qui est un peu excessif, je le concède, parce que s’il y avait une souveraineté européenne, il y aurait un pouvoir politique européen pleinement installé. Nous n’y sommes pas encore.EMMANUEL MACRON

Peut-on aller jusqu’à parler de souveraineté européenne, comme je l’ai fait moi-même ? C’est un terme qui est un peu excessif, je le concède, parce que s’il y avait une souveraineté européenne, il y aurait un pouvoir politique européen pleinement installé. Nous n’y sommes pas encore. Il y a un Parlement européen qui défend quand même une représentation citoyenne européenne, mais je considère que ces formes de représentation ne sont pas totalement satisfaisantes. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais beaucoup défendu l’idée de listes transnationales, c’est-à-dire l’émergence d’un véritable demos européen qui puisse se structurer, non dans chaque pays et dans chaque famille politique en son sein, mais de manière plus transversale. J’espère que la prochaine élection nous permettra de le faire. Si nous voulions une souveraineté européenne, il faudrait sans doute des dirigeants européens pleinement élus par le peuple européen. Cette souveraineté est donc, si je puis dire, transitive. Mais entre ce que font la Commission, le Conseil où siègent des dirigeants élus par leur peuple et le Parlement européen, émerge une forme de souveraineté nouvelle, qui n’est pas nationale, mais européenne.

Toutefois, c’est le contenu de la souveraineté dont je parle, quand j’ai invoqué cette notion, et qu’on peut retrouver peut-être de manière plus neutre dans le terme d’« autonomie stratégique ». Je pense qu’il est indispensable que notre Europe retrouve les voies et les moyens de décider pour elle-même de compter sur elle-même, de ne pas dépendre des autres, sur tous les chantiers, technologique, comme je l’ai dit, mais aussi sanitaire, géopolitique, et de pouvoir coopérer avec qui elle choisit. Pourquoi ? Parce que je pense que nous sommes un espace géographique cohérent en termes de valeurs, en termes d’intérêts, et qu’il est bon de le défendre en soi. Nous sommes une agrégation de peuples différents et de cultures différentes. Il n’y a aucune concentration à ce point de tant de langues, de cultures et de diversité dans un espace géographique donné. Mais quelque chose nous unit. D’ailleurs, nous savons que nous sommes européens quand nous sommes envoyés hors d’Europe. Nous sentons nos différences quand nous sommes entre Européens, mais nous ressentons une nostalgie quand nous quittons l’Europe.

Néanmoins, je suis sûr d’une chose : nous ne sommes pas les États-Unis d’Amérique. Ce sont nos alliés historiques, nous chérissons comme eux la liberté, les droits de l’homme, nous avons des attachements profonds, mais nous avons par exemple une préférence pour l’égalité qu’il n’y a pas aux États-Unis Amérique. Nos valeurs ne sont pas tout à fait les mêmes. Nous avons en effet un attachement à la démocratie sociale, à plus d’égalité, nos réactions ne sont pas les mêmes. Je crois également que la culture est plus importante chez nous, beaucoup plus. Enfin, nous nous projetons dans un autre imaginaire, qui est connecté à l’Afrique, au Proche et au Moyen-Orient, et nous avons une autre géographie, qui peut désaligner nos intérêts. Ce qui est notre politique de voisinage avec l’Afrique, avec le Proche et Moyen-Orient, avec la Russie, n’est pas une politique de voisinage pour les États-Unis d’Amérique. Il n’est donc pas tenable que notre politique internationale en soit dépendante ou à la remorque de celle-ci.

Et ce que je dis est encore plus vrai pour la Chine. Voilà pourquoi je crois que le concept d’autonomie stratégique européenne ou de souveraineté européenne est très fort, très fécond, qu’il dit que nous sommes un espace politique et culturel cohérent, que nous devons à nos citoyens de ne pas dépendre des autres, et que c’est la condition pour peser dans le concert des nations contemporain.

Vous parlez de changer les habitudes, mais cette position est suspendue dans le pas encore. Quels sont les points de blocage ? Qu’est-ce qui fait que cette vision tarde malgré tout à s’incarner ?

Je n’en suis pas si sûr. Quand j’ai inauguré cette idée lors du discours de La Sorbonne, beaucoup ont dit : il n’y arrivera pas, c’est une lubie française. À peine plus de trois ans plus tard, sur l’Europe de la défense, nous avons un Fonds européen de défense, une coopération structurée et une initiative d’intervention où il y a près de dix pays. Sur la technologie, les choses évoluent depuis que nous avons lancé l’idée de la 5G européenne, et l’Allemagne est en train de nous rejoindre sur ce sujet qui lui était moins naturel car elle était aussi en avance. Nous sommes donc réellement en train de repenser notre souveraineté sur le plan technologique. La crise sanitaire nous a fait repenser notre souveraineté sur le plan sanitaire et de l’industrie de la santé. Elle a été un révélateur de nos dépendances. Quand toute l’Europe supplie pour avoir des gants ou des masques, on comprend tous qu’on a besoin de produire à nouveau sur notre sol des gants et des masques. C’est à cela que le Plan de relance sert.

Sur les sujets financiers, cela a pris du temps, mais en juin 2018 nous avons signé l’accord de Meseberg avec l’Allemagne sur une capacité commune sur le plan budgétaire pour traiter des sujets d’autonomie économique et financière de l’Europe. Cela a débouché sur un accord imparfait au niveau européen et, à cause de la crise du Covid-19, nous avons signé l’accord franco-allemand de mai 2020, qui permet d’élargir les choses sur proposition de la Commission et a ouvert la voie à l’accord historique de juillet, opposant une réponse budgétaire à la crise en un temps record, mais qui pose aussi les ferments d’une construction budgétaire de l’Europe. Il ne faut pas sous-estimer cet apport. Pour la première fois, nous décidons de nous endetter ensemble, pour dépenser ensemble de manière hétérogène dans les régions et les secteurs qui en auront le plus besoin. C’est-à-dire, d’avoir une Union de transferts, reposant sur une signature commune, et un endettement commun. Et donc c’est véritablement un point clé pour bâtir cette souveraineté de l’euro et en faire une vraie monnaie qui ne dépend pas, ou qui dépendra beaucoup moins des autres, et créer en notre sein une souveraineté budgétaire. Donc on a avancé sur tout cela. Il y a encore beaucoup de chemin qui reste à faire, sur les choix géopolitiques – on voit nos différences sur la Russie ou la Turquie –, sur la force de ces réponses, mais je considère que le réveil est là.

Je suis en désaccord profond avec la tribune parue dans Politico signée par la ministre de la Défense allemande. Je pense que c’est un contresens de l’histoire. Heureusement, la chancelière n’est pas sur cette ligne si j’ai bien compris les choses.EMMANUEL MACRON

La question, si on est direct, qui est posée, est la suivante : est-ce que le changement d’administration américaine va créer un relâchement chez les Européens ? Je suis en désaccord profond par exemple avec la tribune parue dans Politico signée par la ministre de la Défense allemande. Je pense que c’est un contresens de l’histoire. Heureusement, la chancelière n’est pas sur cette ligne si j’ai bien compris les choses. Mais les États-Unis ne nous respecteront en tant qu’alliés que si nous sommes sérieux avec nous-mêmes, et si nous sommes souverains avec notre propre défense. Je pense donc qu’au contraire, le changement d’administration américaine est une opportunité de continuer de manière totalement pacifiée, tranquille, ce que des alliés entre eux doivent comprendre : nous avons besoin de continuer à bâtir notre autonomie pour nous-mêmes, comme les États-Unis le font pour eux, comme la Chine le fait pour elle.

Vous parliez des coopérations réussies, de beaucoup d’avancées : la Chine a ce grand projet des Nouvelles Routes de la soie, ce qu’en Europe on a du mal à identifier, un grand projet, un rêve d’avenir. Est-ce quelque chose tournée plutôt vers l’intérieur ? Vers plus d’intégration, plus de verdissement, ou au contraire, cela a-t-il vocation à s’étendre sur le monde ? Quel est le rêve, le grand projet européen ?

Là où vous avez raison, c’est que le mérite des Nouvelles Routes de la soie est d’être un concept géopolitique très puissant. C’est un fait. Et il témoigne d’ailleurs de la vitalité d’une nation et de sa force d’âme. On parlait des références historiques et de l’après 1989 : il faut bien dire que l’Europe a réglé ses crises intérieures, et c’est comme si elle n’avait plus de téléologie. Il y a une crise morale de l’Europe, parce que tous ces combats historiques, elle les a menés, y compris le combat contre la barbarie, contre les totalitarismes. Quels sont les combats contemporains, parce qu’on se structure toujours sur un combat ou un rêve commun ? Quels sont les combats contemporains de l’Europe ?

Je vais vous dire comment je les vois. Il y a un combat positif, qui est de faire de l’Europe la première puissance éducative, sanitaire, digitale et verte. Ce sont les quatre grands combats, qui font qu’on relèvera ces quatre grands défis. Donc, le rêve d’investir massivement pour réussir à faire ça. Et je pense qu’on a totalement la possibilité de le faire, que le plan de relance qu’on a fait va dans ce sens, que nos politiques nationales aussi. Cela, c’est un rêve pour nous-mêmes. C’est un objectif très mobilisateur, qui doit changer beaucoup de choses, mais je pense qu’on peut en attendre un impact planétaire, car cela attirera Chine et États-Unis derrière quelque chose de très mobilisateur qui est aussi la condition pour vivre en harmonie chez nous et avec le reste de la planète. J’ai inclus l’éducation parce que je pense que c’est un des défis qu’on a abandonnés et qui est majeur.

Il y a pour moi un deuxième défi, qui est que l’Europe reprenne le flambeau de ses valeurs. Elles sont en train d’être abandonnées partout. Le combat qu’on mène contre le terrorisme et l’islamisme radical est un combat européen, c’est un combat de valeurs. C’est un combat pour nous et au fond je pense que le combat contemporain est un combat contre la barbarie et l’obscurantisme. C’est cela ce qui se passe. Ce n’est pas du tout un choc de civilisation, je ne me reconnais pas du tout dans cette lecture des choses, parce que ce n’est pas une Europe chrétienne qui irait contre le monde musulman, fantasme dans lequel certains veulent nous entraîner. C’est une Europe qui a des racines judéo-chrétiennes, c’est un fait, mais qui a su construire deux choses : la coexistence des religions entre elles et la sécularisation du fait politique. Ce sont deux acquis de l’Europe. Parce que c’est ce qui a permis de reconnaître le primat de l’individu rationnel et libre et donc le respect entre les religions. Et ce qui est en train de se passer dans le débat que nous avons eu, largement contre la France, et on ne l’a pas je crois suffisamment mesuré, est un retour en arrière de l’histoire colossal.

Le combat qu’on mène contre le terrorisme et l’islamisme radical est un combat européen, c’est un combat de valeurs. C’est un combat pour nous et au fond je pense que le combat contemporain est un combat contre la barbarie et l’obscurantisme.EMMANUEL MACRON

Tout le débat qui a eu lieu a consisté, au fond, à demander à l’Europe de s’excuser des libertés qu’elle permet. Et en l’espèce à la France. Et le fait que ce débat ait si peu vécu en Europe, ou qu’il ait été structuré de manière si gênée, dit quelque chose de la crise morale qui est la nôtre. Mais je l’assume totalement. Nous sommes un pays de liberté où aucune religion n’est menacée, où aucune religion n’est malvenue. Je veux que tous les citoyens puissent exercer leur culte comme ils le veulent. Mais nous sommes aussi un pays où les droits de la République doivent être parfaitement respectés, parce qu’on est d’abord citoyen, et qu’on a un projet commun et une représentation commune du monde : nous ne sommes pas multiculturalistes, nous n’additionnons pas les façons de représenter le monde côte-à-côte, mais nous essayons d’en construire une ensemble, quelles que soient après les convictions qu’on porte dans ce qui est l’intime et le spirituel.

Forts de cela, nous avons des droits : la liberté d’expression, de caricature, qui a fait tant couler d’encre. Il y a cinq ans, quand on a tué ceux qui faisaient des caricatures, le monde entier défilait à Paris et défendait ces droits. Là, nous avons eu un professeur égorgé, plusieurs personnes égorgées. Beaucoup de condoléances ont été pudiques et on a eu, de manière structurée, des dirigeants politiques et religieux d’une partie du monde musulman – qui a toutefois intimidé l’autre, je suis obligé de le reconnaitre – disant : « il n’ont qu’à changer leur droit ». Ceci me choque et en tant que dirigeant, je ne veux choquer personne, je suis pour le respect des cultures, des civilisations, mais je ne vais pas changer mon droit parce qu’il choque ailleurs. Et c’est précisément parce que la haine est interdite dans nos valeurs européennes, que la dignité de la personne humaine prévaut sur le reste, que je peux vous choquer, parce que vous pouvez me choquer en retour, nous pouvons en débattre et nous disputer parce que nous n’en viendrons jamais aux mains puisque c’est interdit et que la dignité humaine est supérieure à tout. Et nous sommes en train d’accepter que des dirigeants, des chefs religieux, mettent un système d’équivalence entre ce qui choque et une représentation, et la mort d’un homme et le fait terroriste – ils l’ont fait –, et que nous soyons suffisamment intimidés pour ne pas oser condamner cela.

Ceci pour moi dit une chose. Le combat de notre génération en Europe, ce sera un combat pour nos libertés. Parce qu’elles sont en train de basculer. Et donc, ce ne sera pas la réinvention des Lumières, mais il va falloir défendre les Lumières face à l’obscurantisme. Cela est sûr. Et ne nous laissons pas enfermer dans le camp de ceux qui ne respecteraient pas les différences. C’est un faux procès et une manipulation de l’histoire. Il n’y a de respect possible que si la dignité humaine se place au-dessus de tout, mais le respect ne doit pas se faire aux dépens de la liberté d’expression. Sinon, ce n’est pas du vrai respect, c’est l’abandon, au fond, de la discussion, de la conflictualité qu’il peut y avoir dans la discussion et le débat. C’est ce qu’ils veulent. Là, l’Europe a une responsabilité, donc pour moi le deuxième combat à mener, c’est ce combat pour nos valeurs. Ce mot paraît générique, mais c’est le combat pour les Lumières.

Le combat de notre génération en Europe, ce sera un combat pour nos libertés.EMMANUEL MACRON

Et le troisième grand projet européen, c’est pour moi la conversion des regards avec l’Afrique et la réinvention de l’axe afro-européen. C’est le combat d’une génération mais je pense qu’il est fondamental pour nous. L’Europe ne réussira pas si l’Afrique ne réussit pas. Cela est sûr. On le voit quand on n’arrive pas à créer la sécurité, la paix, ou la prospérité à travers le fait migratoire. On le voit parce que l’Afrique est dans nos sociétés. Nous avons une part d’Afrique dans toutes nos sociétés, qui vit aussi en consonance. Et quand je dis Afrique je parle de l’Afrique et du pourtour méditerranéen lato sensu.

Mais nous avons quelque chose à bâtir. Et quand je dis une conversion, c’est qu’on doit réussir à ce que l’Afrique voie l’Europe différemment et que nous-mêmes, nous la voyions différemment, c’est-à-dire comme une chance, une formidable opportunité de développement conjoint pour réussir ce projet pour nous-mêmes que j’évoquais. Je le dis parce que je ne crois pas que nous avancerons ou que nous réglerons nos problèmes en étant emprisonnés par notre histoire. J’ai moi-même lancé des travaux mémoriels et politiques importants sur l’Algérie notamment, mais je vois dans notre histoire comme un retour du ressentiment et du refoulé où tous les sujets d’ailleurs viennent se mêler : la post-décolonisation, les sujets religieux, les sujets économiques et sociaux, qui créent une forme d’incommunicabilité entre Europe et Afrique. Je pense qu’il faut dénouer ces fils mais qu’il faut surtout embrasser l’Afrique avec beaucoup plus de force dans la capacité qu’on lui donne à se développer elle-même, en l’aidant, et donner une fierté aux diasporas qui vivent dans nos pays et qui viennent d’Afrique pour en faire de formidables ferments de cette chance et pas des problèmes comme on les regarde trop souvent. C’est pour cela que je parle de conversion du regard, afin de réussir à montrer que cet universalisme qu’on porte n’est pas un universalisme de dominant, ce qui était celui de la colonisation, mais d’amis et de partenaires. Ce sont, pour moi, les trois grands combats à mener…

Sur ce dernier point, vous mentionnez une incommunicabilité avec l’Afrique. Est-ce qu’au sein de l’Europe, sur ce partenariat à bâtir avec l’Afrique, il n’y a pas une forme d’incommunicabilité entre les pays de l’Ouest et les pays de l’Est de l’Europe ?

D’abord, je ne dis pas qu’il y a une incommunicabilité mais un cumul de difficultés et de problèmes, un entremêlement et des manipulations de la part de certains. Il y a une manipulation sur ce sujet. Elle est par ailleurs évidente de la part de certaines puissances hégémoniques qui ont un nouvel impérialisme en Afrique et qui utilisent ce ressentiment pour fragiliser l’Europe et la France.

Quand on prend l’Europe et la relation à l’Afrique, on a vingt-sept histoires avec l’Afrique. Je ne dirais pas que l’opposition est entre l’Est et l’Ouest. Prenez la France et l’Allemagne : nous n’avons pas la même relation avec l’Afrique. D’abord parce que le langage est important et que l’Afrique est en grande partie francophone. Et nous avons une relation avec l’Afrique francophone qui est particulière. J’ai voulu, moi, rebâtir une relation très forte avec l’Afrique anglophone et lusophone, ce que j’assume. J’ai été le premier Président français à aller au Ghana ou à aller au Kenya par exemple. Ou à me rendre à Lagos. Cela paraît fou, mais c’était comme ça : la France n’avait une relation qu’avec une certaine Afrique. L’Allemagne a une relation très différente, comme vous le savez, et c’est le fruit de l’histoire de la fin du XIXe siècle. Donc je pense qu’on a des relations plurielles dans notre histoire, qui ne doivent pas surdéterminer la manière de penser les choses aujourd’hui.

Je pense qu’il faut engager l’Europe de l’Est à plein dans cette politique. Et je pense que quand on le fait, cela marche très bien. Je constate que plusieurs pays d’Europe de l’Est ou du Nord sont avec nous pour aider à la sécurité de l’Afrique. Notre meilleur partenaire au Mali, c’est l’Estonie, oui l’Estonie, parce qu’ils ont été convaincus par ce concept d’autonomie stratégique — notamment parce qu’ils ont peur de la Russie, parce qu’ils y ont vu leur intérêt — et comme on leur a offert de s’associer avec nous ils sont en train de mieux connaître, de coopérer avec nous dans toutes les opérations que nous menons, y compris les plus spécifiques, qu’on appelle Takuba pour les forces spéciales. Donc on arrive à tous les engager. Je crois donc qu’il n’y a pas de différence entre ces deux Europe.

Il y a des sensibilités différentes. Et, au fond, qu’est-ce qui pourrait compliquer aujourd’hui la relation de l’Europe avec l’Afrique ? C’est le fait migratoire, c’est cela. C’est qu’on ne regarde l’Afrique que par ce truchement. Je pense que c’est une erreur. Il faut le régler, sur certains sujets. On assiste aujourd’hui à un détournement massif du droit d’asile. C’est cela qui dérègle tout. Des groupes de passeurs, qui sont souvent aussi des trafiquants d’armes et de drogues, et qui sont liés au terrorisme, ont organisé un trafic d’êtres humains. Ils proposent une vie meilleure en Europe et ils emploient des filières qui utilisent le droit d’asile. Quand vous avez des femmes et des hommes par centaines de milliers chaque année qui arrivent sur notre sol, qui viennent de pays qui sont en paix et avec lesquels nous entretenons des relations excellentes, à qui on donne des centaines de milliers de visas par an, ce n’est pas du droit d’asile. Ou plutôt, 90 % du temps, ce n’est pas du droit d’asile. Donc il y a un détournement. Il y a une tension sur ce sujet. Il faut la régler dans un dialogue avec l’Afrique, qu’on avait initié en 2017-2018. Sur lequel il faut repartir avec beaucoup d’engagement.

Au fond, qu’est-ce qui pourrait compliquer aujourd’hui la relation de l’Europe avec l’Afrique ? C’est le fait migratoire, c’est cela. C’est qu’on ne regarde l’Afrique que par ce truchement. Je pense que c’est une erreur. Il faut le régler, sur certains sujets. On assiste aujourd’hui à un détournement massif du droit d’asile. C’est cela qui dérègle tout.EMMANUEL MACRON

Mais il faut mettre ce sujet d’un côté de la table. Le vrai sujet avec l’Afrique c’est son développement économique, sa paix et sa sécurité. Aider l’Afrique à lutter contre le fléau du terrorisme et des groupes djihadistes au Sahel, dans la région du lac Tchad, maintenant dans l’Est de l’Afrique où il y a, du Soudan au Mozambique, des situations absolument intenables. Il faut ensuite l’aider au développement économique par l’agriculture, par l’entreprenariat, par l’éducation, en particulier des jeunes filles, et toute cette politique d’émancipation que l’on a commencé à mener. Mais qu’il faut pousser beaucoup plus loin. Voilà la clef pour moi.

Une question fondamentale dans votre pratique, si l’on peut dire, dans votre doctrine des relations internationales, c’est qu’au fond on voit qu’il y a un principe d’association d’entités différentes — des États, des entreprises, des acteurs locaux, des associations. Êtes-vous en train de disrupter le multilatéralisme des États pour le remplacer par quelque chose d’autre ? Et plus concrètement : pensez-vous que la question de la distribution du vaccin va porter cette doctrine ?

C’est un bon test. Cela peut ne pas être le moins cruel. Oui, je pense que si l’on veut avancer dans le multilatéralisme, il faut le faire fonctionner. Regardez comment le multilatéralisme a fonctionné pendant la Guerre froide. Il y avait quand même une forme de gentlemen’s agreement pour dire qu’il y avait des sujets sur lesquels on décidait d’avancer ensemble. Malgré les tensions qu’il y avait, on a su stabiliser les stratégies d’armement, avoir des éléments de régulation d’un conflit de plaque à plaque, avec ensuite les non-alignés qui se structuraient autour. Ces dernières années, il y a eu un phénomène de désagrégation y compris de ces mécanismes de coopération. Il y a eu une stratégie russe de ne plus les respecter, de fragiliser les enceintes internationales. Et une réponse américaine qui a consisté à les dénoncer. Je prends l’exemple du désarmement de l’Europe : nous n’avons jamais été si exposés par le non-respect russe d’abord, puis par la décision américaine de se retirer des programmes. Donc on doit réengager un multilatéralisme où il faut les États. Quand il s’agit de l’armement, quand il s’agit des grandes questions géopolitiques, vous avez besoin des États. Ce qu’il faut réussir à faire c’est des coalitions originales pour réussir à marginaliser ceux qui bloquent. Parfois, cela marche, parfois cela ne marche pas. Je suis obligé de constater que sur la Syrie par exemple nous n’avons pas réussi. Et à cet égard, pour nous Européens, c’est très dur de faire respecter les choses quand les États-Unis d’Amérique ne sont pas avec nous, parce que nous n’avons pas suffisamment d’autonomie militaire ni d’engagement de tous. C’est notre faiblesse aujourd’hui, on l’a vue sur la Syrie.

Ensuite sur les grands sujets dits de bien commun, les grands sujets internationaux, en effet, le multilatéralisme étatique ne suffit plus. Quand on parle de nouvelles technologies, vous avez besoin d’engager des plateformes qui se sont développées hors de toute règles parce qu’elles n’existaient pas, j’allais dire malgré les États, en tout cas les États-Unis d’Amérique l’acceptant. Elles ont développé une innovation sans que les règles existent. Et donc il y a eu une espèce d’invention d’un univers commun par des acteurs privés qu’il faut progressivement réguler, moi je suis un partisan de cela : fiscalité, contenus, droits des citoyens et des entreprises, et espace public commun. Mais vous devez coopérer et les engager. C’est pour cela que j’ai lancé Tech For Good dès 2017 et qu’on a une édition par année et qu’on a grâce à cela pu engager plusieurs initiatives, comme celle qu’on évoquait pour Christchurch. Quand on parle de climat, de la même manière, on doit engager des ONG, des entreprises, parfois des régions, des villes, des États fédérés. Moi, j’assume ce pragmatisme pour avoir des résultats.

Sur les grands sujets dits de bien commun, les grands sujets internationaux, en effet, le multilatéralisme étatique ne suffit plus. J’assume ce pragmatisme pour avoir des résultats.EMMANUEL MACRON

Sur le sujet de la santé, en effet, entre Act-A et la stratégie COVAX qu’on a lancées, on a mis autour de la table des organisations internationales, comme l’OMS, des États, des puissances régionales, comme l’Union européenne et l’Union africaine, on a mis des fonds sectoriels, comme Unitaid, comme Gavi, on a mis des fondations privées, comme la fondation Gates par exemple, et des acteurs industriels et des laboratoires publics qui travaillent sur les projets. C’est complètement hybride mais avec une gouvernance qu’on a confiée à l’OMS pour qu’il n’y ait pas de conflits d’intérêt. Parce que l’OMS est garante d’un dispositif où on ne permet pas que ce soit le privé qui décide des règles pour tous. Vous verrez, nous allons avoir beaucoup de polémiques sur ce sujet. D’abord parce qu’il va y avoir une diplomatie du vaccin, c’est-à-dire que chacun va vouloir brandir son drapeau en disant « c’est moi qui l’ai trouvé ». Donc il y aura un effet de précipitation sous la pression des opinions publiques pour très vite dire « on a le bon vaccin ». Il faudra être très vigilant là-dessus. Et faire attention : est-ce que toutes les règles scientifiques et les diligences auront été faites ? Ce sont nos scientifiques d’État qui peuvent le dire et ceux de l’OMS, parce qu’ils n’ont pas de conflit d’intérêt. N’oublions jamais ce qu’on a bâti : l’État est le garant de l’intérêt général. Cela ne se délègue pas. Et là les États ont un rôle à jouer.

Mais derrière, la négociation qu’on est en train de mener avec les États et les entreprises est un très bon test de ce nouveau multilatéralisme. C’est l’idée du bien public mondial, en tout cas, d’avoir un accès mondial au vaccin. Cela veut dire qu’aucun des laboratoires qui développera le vaccin ne se mettra en situation de bloquer l’accès à d’autres laboratoires de production, y compris en surdose, pour les pays en voie de développement. Je ne sais pas si on va gagner cette bataille. Parce que très clairement je ne suis pas sûr que tous les pays aient envie de s’engager là-dedans. On verra si la Chine est prête, si c’est elle à découvrir le vaccin, si la Russie est prête, si les États-Unis sont prêts avec la nouvelle administration – ce n’était pas sûr avec la précédente, enfin l’actuelle – et on verra ce que font les entreprises. Mais quoi qu’il arrive, ce que nous avons fait crée un cadre commun avec tous les acteurs importants autour de la table : un tiers de confiance qui est l’OMS, des mécanismes de coopération, une pression des pairs. Et donc nous avons le maximum de chances pour que quand il y aura quelque chose, si l’un de ces acteurs se comporte mal, il aura beaucoup à perdre à mal se comporter. Mais c’est cela le nouveau multilatéralisme. Il faut bien le constater. L’état de fait est devenu la nouvelle doctrine pour beaucoup de pays : la Russie avec l’Ukraine ; la Turquie avec la Méditerranée orientale ou avec l’Azerbaïdjan. Ce sont des stratégies d’état de fait, qui signifient qu’ils n’ont plus peur d’une règle internationale. Donc il faut trouver des mécanismes de contournement pour les encercler.

Nous aimerions revenir à la question climatique que vous avez déjà évoquée, comme une grande priorité et une urgence absolue. La question qui se pose, comme pour le vaccin, est celle de sa politisation. L’écologie est désormais structurante dans le champ politique. Vous définissez-vous aujourd’hui comme un écologiste ?

Oui, je suis d’ailleurs devenu écologiste. Je l’assume et je l’ai dit plusieurs fois. Je pense que la lutte contre le dérèglement climatique et pour la biodiversité est centrale dans les choix politiques que nous devons faire. Cela ne veut pas dire qu’elle prime de manière irrévocable. Je l’ai déjà dit, je ne suis pas pour un droit de la nature qui serait supérieur aux droits de l’homme. Mais je pense qu’on ne peut plus penser les droits humains sans penser ces interactions, ces conséquences. Et donc cela doit être au sommet de l’agenda. Et après, nous avons dans tous les pays des choix à faire, la rapidité de la transition et les conséquences économiques et sociales qu’elle a. Ma conviction, et je dis cela après avoir fait beaucoup d’erreurs, y compris dans notre pays avec la contribution carbone, on ne peut pas mener cette transition si on n’investit pas massivement et si on n’en fait pas une transition qui est à la fois écologique et sociale et si on ne transforme pas la manière de produire et, au fond, le cœur du modèle de nos structures. C’est aussi toute cette idée du consensus de Paris. Parce que, sinon, on est toujours à courir derrière une espèce de déséquilibre en le corrigeant. Non, il faut produire différemment. Et produire différemment veut dire que je dois changer le prix du carbone. C’est ce qu’on fait au niveau européen. Je dois mettre les bonnes incitations. Je dois interdire certaines activités.

Il est donc normal que ce soit très dur. Il y a eu le temps des interpellations dans les années 1990. Ensuite, il y a eu le temps des invocations, jusqu’à l’accord de Paris — c’est-à-dire qu’on prenait des lois qui valaient pour les successeurs, ce qui est généralement ce que l’on préfère faire quand on fait de la politique. On fait une grande loi pour la transition du pays, le changement, mais vous n’avez aucune conséquence à la porter. Nous, on n’a pas de chance, nous sommes ceux qui avons à gérer le réel dans toutes ces tensions. C’est bourré de tensions, ce sujet. Vous avez des gens qui ont cette même peur mais quand vous êtes un agriculteur, qui aime notre pays, sa terre, ses bêtes, mais dont le modèle économique est dépendant de certains intrants, c’est très dur d’en sortir. Donc c’est une transition que vous ne pouvez pas demander du jour au lendemain, surtout si les voisins ne le font pas. On est en pointe, parmi ceux qui ont le plus poussé. Mais il faut accepter un temps de transition, de bonnes incitations, de l’accompagnement ; il ne faut pas stigmatiser. On a souvent tendance à stigmatiser, à pointer du doigt.

Je pense que la lutte contre le dérèglement climatique et pour la biodiversité est centrale dans les choix politiques que nous devons faire. Cela ne veut pas dire qu’elle prime de manière irrévocable. Je l’ai déjà dit, je ne suis pas pour un droit de la nature qui serait supérieur aux droits de l’homme.EMMANUEL MACRON

De la même manière, si je prends une famille française, qui a fait tout ce qu’on lui a demandé depuis trente ans. On lui a dit : « il faut trouver un boulot » – elle a trouvé un boulot. On lui a dit : « il faut acheter un pavillon » – mais un pavillon, c’est trop cher dans la grande ville, donc elle l’a acheté à 40, 50, 60 kilomètres de la grande ville. On lui a dit : « le modèle de la réussite, c’est d’avoir chacun sa bagnole » – elle a acheté deux voitures. On lui a dit : « si vous êtes une famille digne de ce nom, vos enfants vous devez bien les élever, il faut qu’ils fassent le conservatoire et puis le club de sport, etc. » donc le samedi, ils ont fait quatre trajets pour emmener leurs enfants. Cette famille-là, vous lui dites : « vous êtes des gros pollueurs, vous avez un pavillon mal isolé, vous avez une voiture et vous faites 80, 100, 150 kilomètres. Le nouveau monde ne vous aime pas. » Les gens deviennent fous ! Ils disent : « Mais j’ai tout bien fait ! Et y compris l’État français pendant des décennies m’a demandé d’acheter du diesel, et j’ai acheté du diesel ! »

Vous voyez bien que nous-mêmes, nous sommes en train de changer de nouveau les choses. Pour moi, le plus structurant, dans la lutte contre le réchauffement climatique, ce sont les mobilités. C’est l’isolation thermique des bâtiments – ce que nous allons faire – mais ce sont aussi les mobilités. C’est faire, donc, que pour une famille comme celle-ci, j’arrive à la convaincre de revenir plus près du centre-ville, ou que j’isole mieux son logement, que je la convainque de plus utiliser des transports en commun – s’il y en a – et que je l’aide à changer ses véhicules pour qu’ils soient moins polluants. Mais je ne change pas les habitudes d’une société en quinze jours. Tout cela pour vous dire – je prends un exemple imaginé mais qui est la vraie vie, pour vous montrer combien est dure la transition climatique et environnementale. Rien ne justifie qu’on ralentisse, mais tout justifie qu’il y ait beaucoup de compréhension mutuelle et de respect. Et donc cela veut dire qu’il faut qu’on regarde quelles sont les contraintes qu’on peut lever. J’ai assumé que la France soit le premier pays qui ferme toutes ses centrales à charbon. On pouvait le faire, c’est une énorme contrainte. Il faut expliquer aux gens qui y travaillent depuis des décennies : vous allez perdre votre emploi, on va vous en trouver un ailleurs. Mais on le fait en avançant : on développe beaucoup le renouvelable et on va faire cette transition sur la mobilité. Simplement, le rythme, c’est la digestion par nos sociétés, non par des lobbys, non par des grands intérêts, mais par des gens normaux. Parce qu’on ne change pas la vie des gens en appuyant sur un bouton. Et j’ai fait des erreurs en pensant cela.

Ce que je suis en train de vous dire sur l’exemple de cette famille, c’est qu’elle m’a vu exactement ainsi à la fin de l’année 2018 : comme le type qui lui disait tout d’un seul coup : « tout ce qu’on fait au quotidien, parce qu’on a suivi tes conseils, d’un seul coup va devenir mauvais. » Mais j’ai compris qu’on avait fait une erreur. Il faut engager nos sociétés dans ce changement. C’est pour moi un changement absolument fondamental de nos sociétés. Il faut qu’on embarque tout le monde dans ce changement. Il faut qu’on montre que chacun est acteur, et qu’on le fasse en donnant une place à chacun, c’est-à-dire aussi en développant massivement des nouveaux secteurs d’activité économique, qui permettent de créer plus vite les nouveaux emplois qu’on ne détruit les anciens. Parce qu’il ne faut pas se tromper : ce changement arrive après l’un des grands changements qu’on évoquait tout à l’heure, celui de la mondialisation dans un capitalisme ouvert. Les classes moyennes des démocraties européennes et occidentales ont vécu le changement comme synonyme de sacrifice. Quand on a dit « on va changer des choses pour le mieux », comme le commerce : elles ont perdu leur job. Si on leur dit maintenant : « la transition climatique c’est vachement bien parce que vos enfants pourront respirer mais c’est vous qui allez encore en payer le prix parce que c’est vos jobs et votre vie qu’on va changer, mais pas celle des puissants, parce qu’eux vivent dans les beaux quartiers, ne prennent de toute façon pas de bagnole et continueront à pouvoir prendre l’avion pour faire des déplacements à l’autre bout du monde », ça ne marchera pas.

Ce que je suis en train de vous dire sur l’exemple de cette famille, c’est qu’elle m’a vu exactement ainsi à la fin de l’année 2018 : comme le type qui lui disait tout d’un seul coup : « tout ce qu’on fait au quotidien, parce qu’on a suivi tes conseils, d’un seul coup va devenir mauvais. » Mais j’ai compris qu’on avait fait une erreur.EMMANUEL MACRON

C’est donc aussi un moment de rephasage. Ce sujet, c’est comment on rephase nos objectifs. Nous, ce qu’on doit faire, ce sont les bonnes stratégies, les bonnes politiques publiques, les bons investissements, les bonnes incitations. Ensuite il y a tout un travail, je dirais politique, au sens noble du terme, anthropologique, qui est d’engager nos sociétés dans ce changement, d’en faire des acteurs. Et après, il y a la mise en cohérence de tout notre agenda par rapport à cela. Et dans le consensus de Paris, c’est clef. Si on continue à avoir un système financier qui ne distingue pas ce qui est bon pour la planète de ce qui est mauvais, ce que font les gouvernements ne sera jamais suffisant. Pour réussir cette transition, je veux aussi qu’on passe des règles au niveau de l’Europe et des marchés financiers – comme on a su le faire sur des sujets prudentiels ou de finance stricte – qui pénalisent l’investissement dans le fossile et qui favorisent l’investissement dans le vert. L’intégration du marché européen doit se faire par ce biais. On doit mettre des obligations vertes européennes, on doit réussir à avoir un système qui incite à aller sur ces activités beaucoup plus fortement.

De la même manière, on doit aligner notre agenda commercial. Si l’on change toutes les règles, qu’on demande des sacrifices et que derrière on continue à bâtir des accords commerciaux avec des pays du monde – et la question va se poser, vous allez voir, avec la nouvelle administration américaine – qui ne font pas les mêmes efforts, on est des fous ! C’est-à-dire que vous allez dire à votre agriculteur : « il faut que tu fasses des efforts colossaux, tu vas sortir du glyphosate, tu vas faire du zéro pesticide, tu vas faire ceci, tu vas faire cela. » Il va le faire parce qu’il pense que c’est bon. Et de l’autre côté, on va faire un accord qui permet d’ouvrir et de faire venir des produits qui sont faits avec OGM, avec pesticides et autres, parce que ça c’est le commerce ? Tout se tient, les gens le voient. On a donc besoin d’avoir des accords commerciaux qui soient en cohérence avec notre agenda climatique, ce qui est une énorme bataille. Et là, sur cela, il n’y a pas encore de consensus européen, encore. Je me bats beaucoup pour cela. On l’a porté dans le combat européen de 2019. Là, il y a une vraie différence. Car certains pays sont restés avec un logiciel qui est un logiciel d’ouverture et de commerce, que je respecte. Mais la variable commerciale reste seconde. Je pense que ce n’est pas cohérent d’un point de vue d’efficacité, mais surtout que ce n’est pas politiquement soutenable – politiquement. Vous ne pouvez pas créer de consensus dans nos sociétés si vous demandez des efforts aux citoyens et aux entreprises et que vous demandez quelque chose qui est complètement contraire quand il s’agit de l’international.

Notre dernière question porte sur votre vision de la théorie de l’État et de la souveraineté. Est-ce que la souveraineté westphalienne peut coexister avec l’urgence climatique ?

Oui, parce que je n’ai pas trouvé de meilleur système pour ma part que la souveraineté westphalienne. Si c’est l’idée de dire qu’un peuple au sein d’une nation décide de choisir ses dirigeants et d’avoir des gens pour voter ses lois. Je pense que c’est tout à fait compatible parce que sinon qui va décider ? Comment le peuple se constitue et décide ? Je ne sais pas. La crise qu’on vit dans nos sociétés, c’est plutôt une crise de la responsabilité. C’est que plus personne ne veut prendre de décisions et agir en responsabilité. Parce qu’en quelque sorte on discute en permanence et tout le monde est dans des conflits de légitimité, mais c’est très dur de décider parce qu’il faut se heurter à des choix. Mais nous aurons toujours besoin de la souveraineté des peuples. Moi j’y tiens beaucoup. Et compte tenu de ce que je disais tout à l’heure sur les combats que nous avons à mener, ne lâchons jamais cela. À qui déléguez-vous de faire vos lois dans une société, si cela n’est pas à des dirigeants que vous choisissez, vous ? Des entreprises ? Le cours du monde ? Des dirigeants non élus, mais qui seraient éclairés ? Je ne veux aucun de ces systèmes, moi. Je veux pouvoir choisir chaque jour, à chaque fois que je suis invité aux élections, qu’elles soient régulières et qu’il y ait un système qui respire. Et ne vous trompez pas : non seulement on en a besoin, mais on a besoin de rendre ce système efficace. Et le rendre efficace, c’est rebâtir idéologiquement le consensus qu’on évoque depuis tout à l’heure, et c’est avoir des résultats.

Les systèmes de souveraineté westphaliens et les démocraties qui vont avec vivent aujourd’hui une crise qui est double. Beaucoup des problèmes ne sont pas à l’échelle de l’État-nation, c’est vrai, et donc cela suppose des coopérations, mais ces coopérations ne supposent pas la dissolution de la volonté du peuple. Cela suppose de savoir les articuler. La deuxième crise qu’elles vivent, c’est une crise d’efficacité des démocraties. C’est que les démocraties occidentales, depuis plusieurs décennies, donnent le sentiment à leurs peuples de ne plus savoir régler leurs problèmes, parce qu’elles sont empêtrées dans leurs lois, leurs complexités – je le vis au quotidien pour ce qui me concerne –, leur inefficacité, et en deviennent des systèmes qui expliquent aux gens comment devraient se passer des choses qu’ils nous demandent. Et ils disent : « Ils ne savent pas nous régler le système du progrès, le problème de la sécurité, et autres ». Il faut retrouver de l’efficacité, par nos mécanismes de coopération, mais en bousculant aussi nos structures pour trouver des effets utiles. C’est cela la crise des démocraties : c’est une crise d’échelle et d’efficacité. Mais je ne crois pas du tout que ce soit une crise de la souveraineté westphalienne. Parce que moi j’y tiens et que je crois qu’il n’y a pas mieux que cela. Et que d’ailleurs, dans tout ce que je fais sur le plan international, pour moi le primat c’est toujours celui de la souveraineté des peuples. À chaque fois qu’on a voulu s’y substituer, on a créé des dérèglements. Donc je suis profondément attaché à cela. Profondément.

Beaucoup des problèmes ne sont pas à l’échelle de l’État-nation, c’est vrai, et donc cela suppose des coopérations, mais ces coopérations ne supposent pas la dissolution de la volonté du peuple. Cela suppose de savoir les articuler.EMMANUEL MACRON

Mais c’est pour cela que derrière, vous avez besoin de faire ce travail idéologique que j’évoque depuis tout à l’heure. Parce que la crise que vivent nos concitoyens, c’est une espèce de diffraction des espaces : le citoyen n’arrive plus à réconcilier le consommateur, le travailleur et la conscience qui est en lui. Parce qu’on a mondialisé tout cela et qu’à un moment donné, les interactions font que cela devient incohérent. Et le citoyen qui veut lutter contre le réchauffement climatique n’est pas cohérent avec le consommateur qui veut pouvoir tout acheter à des prix très bas, avec le travailleur qui veut continuer à avoir une usine pour que son fils y travaille à côté. C’est cela qu’on n’a pas réussi à réconcilier. C’est cela que le nouveau consensus doit permettre de faire en intégrant dans le fonctionnement de nos entreprises, de notre système financier, de notre système politique, la réconciliation de l’agenda climatique, technologique et de souveraineté. C’est un énorme défi dont on parle. Mais on est en train progressivement de le faire. Malgré le découragement qu’on peut avoir au milieu du chantier ou quand on ne distingue pas encore le tableau parce qu’on est trop loin. Donc je pense qu’il faut continuer à avancer sur cette voie. Les grandes transformations doivent nous conduire à continuer à savoir être très inventifs. Inventer des nouvelles coopérations, prendre des risques, comprendre et penser les grandes transitions de ce monde mais elles ne doivent pas nous conduire à renoncer à nos fondamentaux : la souveraineté du peuple, et les droits et libertés qui nous ont constitués. Car ils sont menacés.

Et face à ce que vous dites en effet beaucoup de gens disent : dissolvons la souveraineté nationale, que les grandes entreprises décident du cours du monde ; d’autres vous disent : la souveraineté populaire librement exprimée est moins efficace qu’un dictateur éclairé ou que la loi de Dieu. Et vous assistez aujourd’hui au retour des théocraties, au retour des systèmes autoritaires. Faites la photographie du monde d’aujourd’hui par rapport à il y a quinze ans : elle est très différente. La souveraineté populaire démocratique est un trésor à garder précieusement.

Merci.

Merci à vous. Ce qui est important pour moi dans ce moment qu’on vit – le travail que vous faites est à cet égard clef – c’est que cette réflexion se poursuive et qu’on arrive à bâtir une conversation et un processus. On doit réussir, par les contributions et les réflexions qui seront les vôtres, à faire vivre ce débat un peu partout en Europe et à bâtir ce qui est notre intérêt conjoint et la force de nos propositions. Mais je pense qu’il y a un monde à inventer. On est déjà en train de le faire mais il faut le révéler plus clairement.



L Etat

Si l’état est trop fort, il nous écrase, s’il est trop faible nous périssons

Ce sujet de CUGE montre bien que la limite entre état fort et état faible est importante et complexe.

Mais d’abord, l’état français est d’abord l’héritage des siècles et des rois. En mourant Louis XIV nous dit je m’en vais mais l’état demeurera toujours. Louis le grand nous montre ainsi que l’état domine les régimes et les personnes. Quand il revint en France en 1944, la restauration de l’état était pour le général la priorité, cet état républicain qui n’avait rien à voir avec Vichy.

On pourrait donc penser que l’état français s’identifie à la France, et c’est presque vrai, mais la mission de l’état est un peu différente. On parle de mission régalienne, protéger d’abord, protéger le pays et les français, contre les ennemis, la guerre mais aussi la maladie, et maintenant le chômage ou la violence. L’état doit aussi instruire, rendre la justice, assurer l’ordre sur tout le territoire et gérer les finances du pays. Finalement les missions de l’état modernes ne sont pas très loin de ce qu’on attendait du roi. On attendait tout du roi, même qu’il guérisse des écrouelles, et on n’est pas loin de cette attitude vis à vis de l’état moderne. L’attente est si forte qu’on ne peut qu’être déçu.

Par exemple, c’est à l’état qu’on demande de résoudre le problème du chômage, alors qu’il ne crée pas d’emploi et ne peut se substituer aux entreprises pour régler ce problème. L’état incarne l’intérêt général, et le service public.

En France l’état est devenu progressivement l’état providence qui protège en particulier tous ceux qui sont dans une situation difficile en leur garantissant un revenu minimal. Les besoins sont immenses, et la pression fiscale s’approche ainsi de 50%. En redistribuant presque la moitié du PIB, l’état a de grands moyens mais aussi de très grandes responsabilités .Le modèle français fonctionne finalement assez bien et est plutôt envié dans de nombreux pays.

Avec la cinquième république l’état français est incarné par un chef puissant qui n’a de comptes à rendre qu’à l’opinion et jouit ainsi d’une grande stabilité. Quand il dispose de la majorité à l’assemblée nationale, ce qui est en général le cas, ses pouvoirs sont très étendus.

L’état français s’appuie sur une administration d’une grande qualité et bien souvent très sensible au sens du service public. J’ai travaillé trois ans au ministère de l’intérieur, et j’ai été frappé par le sérieux et le professionnalisme des fonctionnaires, et des pompiers aussi bien au niveau parisien que dans les préfectures. Les grands corps de l’état, qui dirigent le pays, recrutent chaque année les étudiants les plus brillants.

La crise sanitaire a remis l’état en première ligne. dans tous les pays, c’est lui qui a géré la crise, souvent assez efficacement. Les institutions mondiales (ONU, G20, OTAN et même Union européenne) ont été plutôt absentes, et l’état est revenu en première ligne, en prenant les décisions et en les faisant appliquer. De telles décisions ont elles dépassé ses attributions? En tous cas une réflexion est en cours dont témoigne l’article suivant, récemment paru dans le monde.

Tribune. Au commencement était l’état de nature. Où, affirmaient certains philosophes, les hommes étaient libres de conduire leur vie comme ils l’entendaient. Où, soutenaient au contraire d’autres penseurs, les hommes vivaient dans une situation d’insécurité permanente, où chacun était un loup pour l’autre, selon la formule consacrée. De ce combat, Hobbes est sorti gagnant. Devant la peur de la mort, les peuples ont été convaincus d’abandonner leurs libertés naturelles et d’accepter la construction d’un Etat qui leur apporterait la sécurité physique. La sécurité en échange des libertés, telle est l’origine du contrat social étatique.

Mais Locke a continué le combat. Puisque Etat il y avait désormais, il fallait au moins qu’il reprenne à son compte les libertés que les hommes avaient à l’état de nature, qu’il garantisse leur libre exercice et qu’il les concilie avec le principe de sécurité.

Progressivement, au rythme des révolutions et des luttes sociales et politiques, les peuples ont imposé des limites, des contraintes, des obligations à l’Etat hobbésien. Par exemple, le respect du principe de la séparation des pouvoirs, pour casser la puissance de l’Etat en enlevant à son chef le législatif et le judiciaire et en confiant ces compétences à des institutions séparées et indépendantes de lui. Ainsi, écrivait Montesquieu, seraient assurés l’équilibre des pouvoirs, une politique modérée et la liberté des citoyens. Par exemple, encore, la soumission des autorités de l’Etat – police, administration, etc. – à la loi, pour empêcher qu’elles se donnent à elles-mêmes leurs propres règles de fonctionnement.

Maîtrise des corps

Et puis, dernier combat : après l’Etat légal, l’Etat de droit – c’est-à-dire un Etat où la loi elle-même et donc le législateur, fût-il élu, sont soumis au respect de la Constitution, des déclarations des droits et des conventions et traités internationaux. « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme », énonce l’article 2 de la Déclaration de 1789.

Locke a gagné ! Daccord conserver les droits que les hommes ont à l’état de nature : droit d’aller et venir, liberté individuelle, liberté d’opinion et de pensée… Pour cela, le pouvoir de l’Etat est sous le contrôle de la presse, de la rue, mais aussi des juges nationaux avec le Conseil constitutionnel, et supranationaux avec la Cour de Justice de l’Union européenne et la Cour européenne des droits de l’homme.

En gagnant, au fil des siècles, des droits et des libertés, les citoyens s’étaient réapproprié l’Etat. Aujourd’hui, par un coup d’état d’urgence, d’un seul coup d’Etat effaçant des années de luttes politiques, l’Etat se réapproprie les citoyens en suspendant leurs droits, en réduisant leur liberté de mouvement et en dictant leur manière d’être au monde jusque dans le plus intime de leur vie : ne pas être plus de six à table, ouvrir les fenêtres régulièrement, reporter les mariages et les fêtes de famille, rentrer chez soi à 21 heures, réduire les moments de convivialité… Bref, après avoir maîtrisé les âmes et les libertés, le nouvel état d’urgence maîtrise les corps.

Retour aux origines donc. La peur de la mort, due au Covid-19 ou à l’acte terroriste, fait remonter à la surface l’Etat puissance, remet aux commandes le principe de sécurité contre le principe de liberté. L’Etat de droit est mis à nu. Le pouvoir législatif est marginalisé, l’autorité judiciaire est contournée, les syndicats et associations négligés, les citoyens oubliés.

Effondrement

Le principe de la séparation des pouvoirs, qui faisait tenir la démocratie politique, s’effondre par la concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif ; le principe de libre administration des collectivités territoriales, qui faisait tenir la démocratie locale, s’effondre par l’affirmation des pouvoirs de l’Etat central et de ses préfets ; le principe de la négociation collective des conditions de travail, qui faisait tenir la démocratie sociale, s’effondre par le pouvoir donné au gouvernement d’autoriser les employeurs à déroger au droit du travail.

Puisque crise sanitaire il y a, il convient de rappeler que l’Etat de droit avait même pénétré le domaine très hiérarchisé du monde de la santé. Tenu à l’écart et considéré comme un objet à soigner, le malade était devenu, grâce à ses luttes lors de l’épidémie de sida, de l’affaire du sang contaminé ou de la vache folle, un acteur auquel la loi Kouchner du 4 mars 2002 reconnaissait le droit de participer au choix de son traitement et d’être représenté dans les instances définissant les politiques publiques de santé. Lui aussi s’effondre. Tous les lieux où siégeaient « les usagers du système de soins » ont été écartés, au profit de conseils et comités d’experts ad hoc, créés par et auprès du président de la République.

Un Etat de citoyens

L’idée d’Etat de droit avait fini par faire oublier que l’Etat est d’abord une instance de domination ; elle avait cru repousser loin dans les consciences la représentation de l’Etat « monstre froid », comme le désignait Nietzsche. La crise opère sur le mode d’un retour du refoulé : le droit n’était que l’apparence civilisée d’un Etat qui reste pure expression de la puissance. Mais, « en même temps », cette crise fait (re) découvrir la réalité démocratique du droit.

Le tableau La Joconde a acquis sa pleine notoriété, dit-on, à la suite de son vol par Vincenzo Peruggia. Que la toile ne soit plus là a provoqué un emballement populaire, les visiteurs se précipitant pour « voir » l’emplacement vide du tableau ! Il en est de même pour le droit : c’est parce que la société est en train de le perdre qu’elle redécouvre soudain son importance, son essentialité pour l’existence, pour la vie de la société. Importance de sortir librement de chez soi, importance de rencontrer l’autre, importance de contester les décisions du pouvoir, importance de négocier librement ses conditions de travail, importance de danser, chanter et lire librement.

Dans le monde d’après, il ne faudra pas oublier cette redécouverte du droit pour fonder, après l’Etat légal et l’Etat de droit, un Etat des citoyens qui annonce une société démocratique. Amartya Sen, Prix Nobel d’économie en 1998, a justement écrit que la démocratie, c’est la pratique des débats publics, c’est « le gouvernement par la discussion » [notion développée par James Buchanan]. Et pour que le débat public se déroule, il faut que toutes les libertés soient reconnues. En voulant mettre de côté le droit, l’état d’urgence sanitaire a fait redécouvrir que l’Etat limité par la loi était une idée démocratique. L’urgence politique est là, et nulle part ailleurs.

Le livre ORANGE du CEMAT

avec ce livre orange le CEMAT a mis en ligne une présentation et une explication du nouveau code d’honneur du soldat français.

Une nouvelle version est devenue nécessaire car l’environnement a changé, les missions sont devenues plus dures et l’armée française a redécouvert la guerre en Afghanistan.

Il précise le code d’honneur, l’explicite avec de nombreuses références au code de la défense. J’avoue que le nombre de qualités attendues d’un soldat est assez impressionnant. Ai je déjà rencontré quelqu’un qui les rassemblait toutes, je n’en suis pas sûr.

Il fait une large place à l’éthique avec la présentation et le respect du droit des conflits.

Trois parties l’engagement, le comportement et la mission

L’engagement au service de la France demande honneur courage et dignité

Le comportement suppose l’exemplarité. Il évoque ensuite le devoir de réserve, un sujet intéressant, mais qu’il ne suffit pas d’affirmer. Quelle doit être la parole des militaires à notre époque, que doivent ils nous dire, un sujet qui revient souvent dans les questions de l’école de guerre.

Vient ensuite le goût de l’effort et de la performance. 

Dans la troisième partie consacrée à la mission, on présente le droit des conflits et le devoir du soldat de le respecter, la dimension éthique du métier.

Elle se termine par l’ordre du jour du colonel Thorette à la veille de l’offensive terrestre au Koweit 

Vous vous battrez

– parce que c’est l’ordre du président chef des armées

– parce que vous avez choisi ce métier

– parce que l’adversaire va devenir votre ennemi

– pour le chef qui vous conduit au combat

Un style un peu différent de celui du général Bosser, un peu plus tranché

Pour ma part, il me semble que les qualités qu’on demande au soldat pourraient tout aussi bien s’appliquer à n’importe quel métier, à commencer par celui d’exploitant de centrale nucléaire que je connais bien.